[Signataire] Tribune : Pour une alliance féministe et trans

 

Retrouver la tribune ici et sur Mediapart

Suite à la publication par le Planning Familial d’une affiche à destination des hommes trans dans le cadre de leurs grossesses, des militantes s’opposant aux droits des personnes trans au nom du féminisme signaient, ce 22 août, une lettre ouverte adressée à la Première ministre, Élisabeth Borne, dans l’hebdomadaire Marianne.

Nous, féministes, refusons cette instrumentalisation des droits des femmes, luttons contre toute opposition entre féminisme et luttes trans et condamnons sans appel ces discours s’inscrivant dans une offensive réactionnaire.

L’utilisation d’arguments fallacieux

Les militant·es anti-trans dénoncent une essentialisation des femmes de la part d’un prétendu « transactivisme », tout en réduisant les femmes à leurs simples organes génitaux. Cette définition contredit la majorité des écrits féministes produits depuis les années 1960. On ne naît pas femme, on le devient. De même, ce que l’on désigne comme le sexe recouvre un ensemble de facteurs qui dépasse la binarité imposée depuis des siècles.

Être une femme ne découle pas de la seule assignation sexuée, mais d’une exploitation qui prend plusieurs formes : économique, domestique, sexuelle. Ainsi, contrairement à ce que prétendent les militant·es anti-trans, les femmes trans sont aussi exposées à ces exploitations et aux violences sexistes et sexuelles. Il n’y a pas de condition universelle de “la femme” mais un ensemble d’expériences diverses selon les positions sociales de chacune.

En faisant reposer leur argumentaire sur la méconnaissance du grand public des luttes et vécus des personnes trans, les militant·es anti-trans diabolisent les parcours de transition. Iels font preuve d’une malhonnêteté intellectuelle jouant notamment sur la peur vis-à-vis des enfants trans. La dysphorie de genre deviendrait alors un trouble mental, les opérations, des mutilations, et le soutien du personnel médical et de la communauté trans, des thérapies de conversion. Comme lors du mariage pour tous, la protection des enfants devient un faux-nez derrière lequel iels se cachent pour peser dans le débat public contre les personnes trans.

Les droits trans sont indissociables des droits des femmes

La période politique actuelle voit un violent retour de bâton s’abattre sur les droits des femmes, alors que le gouvernement français maintient en poste des ministres accusés de viols. Ailleurs dans le monde, le droit à l’avortement est bafoué, en Pologne et aux États-Unis notamment. Avec 89 député·es RN à l’Assemblée nationale, nous ne sommes pas exempts d’une attaque d’une telle ampleur. Il est plus que jamais important de ne pas se tromper de combat.

Aux États-Unis, l’attaque sur le droit à l’avortement a été précédée par de nombreuses lois anti-trans : dans l’Ohio, la loi Save Women’s Sports Act prévoit qu’en cas de doute sur le sexe d’une élève, celle-ci doit subir un examen intrusif pour prouver son sexe. Dans tous ces cas, il s’agit d’une attaque sur le droit des personnes à disposer de leur corps. L’arrivée d’attaques similaires contre les personnes trans en France nous laisse présager un sort semblable à celui des États-Unis.

La vision essentialiste des femmes que promeuvent les militant·es anti-trans est partagée par les théoricien·nes réactionnaires et les masculinistes. Il n’y a pas de surprise à ce que ces deux groupes aient coopéré et que l’extrême droite soit le premier relais des publications anti-trans.

Quelles perspectives pour les mouvements féministes et trans ?

Peu importe que les transitions paraissent incompréhensibles ou abstraites, les personnes trans ne sont pas un exercice de pensée destiné à interroger ce qui définit les rôles masculins et féminins.

La situation politique actuelle oblige le mouvement féministe à se positionner en soutien des revendications des personnes trans. Assister sans prendre parti n’est pas une option. Ne pas se revendiquer anti-trans ne suffit pas, il faut activement exiger avec les trans et avec les féministes, l’émancipation trans.

Nous revendiquons l’autonomie des parcours de transition, la simplification de l’accès aux procédures administratives, la formation du personnel de santé, l’accès aux soins de transition et le remboursement intégral.

Nous demandons l’ouverture réelle de la PMA aux personnes trans et la facilitation de la filiation administrative pour les parents trans.

Nous appelons à un soutien massif aux associations venant en aide aux personnes trans et à une hausse des subventions pour garantir la pérennité de leurs actions.

Nous défendons une approche matérialiste des questions trans, c’est-à-dire qui ne soit pas empêtrée dans une approche essentialiste de la féminité, se basant sur les expériences des personnes trans et non sur ce qu’en fantasment les réactionnaires.

Nous réclamons de la part de la presse et des médias qu’ils prennent leur responsabilité dans la manière dont ils ont de représenter et de diffuser les discours sur les personnes trans.

Nous exigeons un soutien clair, économique et institutionnel des acteurs politiques aux personnes trans et à leurs droits.

Nous nous dressons contre l’instrumentalisation par intérêt anti-trans des parcours des lesbiennes et des personnes qui ont détransitionné.

Nous nous opposons à la discorde que certain·es essayent de pousser entre féminisme et droits trans.

Nous appelons au soutien actif de toutes les forces se revendiquant du féminisme envers les personnes trans.

Voir les signataires

Notes :

1. Butler, Judith, Trouble dans le genreLe féminisme et la subversion de l’identité, 1990, trad. Cynthia Kraus, La Découverte, 2005.

2. https://williamsinstitute.law.ucla.edu/press/ncvs-trans-press-release/ consulté le 26/08/22 à 16h40.

3. https://www.mediapart.fr/journal/france/170522/mineurs-trans-des-groupuscules-conservateurs-passent-l-offensive consulté le 26/08/22 à 16h15.

4. https://www.liberation.fr/politique/affaire-abad-un-doute-qui-naurait-pas-du-etre-ignore-20220523_2RFUBX25V5GWVFQMIG4IF5LCYY/ consulté le 26/08/22 à 16h24.

5. https://www.cnbc.com/2022/06/24/roe-v-wade-overturned-by-supreme-court-ending-federal-abortion-rights.html consulté le 26/08/22 à 16h43.

6. Save Women’s Sports Act, consulté le 26/08/22 à 16h35. https://web.archive.org/web/20220605055717/https://search-prod.lis.state.oh.us/solarapi/v1/general_assembly_134/bills/hb151/PH/02/hb151_02_PH?format=pdf

7. https://wikitrans.co/2020/01/12/commencer-un-traitement-hormonal/, consulté le 26/08/22 à 17h46.

8. https://www.liberation.fr/societe/sexualite-et-genres/detransitions-de-genre-jen-ai-marre-quon-dramatise-comme-si-cetait-la-fin-du-monde-20220712_RS5SX5IF3NALXKEGPKQSACKESQ/ consulté le 02/09/2022

Grosse histoire : The Fat Liberation Manifesto

The Fat Liberation Manifesto

Manifeste pour la Libération des Personnes Grosses

Judy Freespirit et Aldebaran

 

Le Fat Underground est une organisation qui a agi comme un catalyseur dans la création et la mobilisation du mouvement “Fat Liberation”. Basé à Los Angeles dans les années 1970, le Fat Underground s’est battu pour abolir  les pensées et pratiques discriminatoires dans différents aspects de la société. Ces pratiques discriminatoires comprenaient celles des médecins et autres professionnels de la santé qui perpétuaient les habitudes malsaines encouragées par la culture des régimes. Cette approche de la réforme de la profession de santé découle des racines du Fat Underground dans le mouvement Radical Therapy, qui cherchait à réformer les professions de la santé mentale. Selon la rhétorique du mouvement Radical Therapy, les personnes atteintes de maladie mentale ne devaient pas supporter le fardeau de se changer. Nous sommes plutôt censés changer la stigmatisation entourant la santé mentale. Cette idéologie « changer la société, pas nous-mêmes » était à la base d’une grande partie de l’activisme du mouvement “Fat Liberation”.

En novembre 1973, Judy Freespirit et Aldebran ont publié le “Fat Liberation Manifesto” au nom du mouvement “Fat Underground”. Un manifeste est une déclaration écrite qui explique publiquement les intentions et les opinions de celui qui l’a publié. Dans ce cas, le manifeste décrit les ambitions et les vues du Fat Underground, qui prend la liberté de parler au nom de toutes les personnes grasses. Judy Freespirit et Aldebaran, membres pionnier.e.s du Fat Underground, ont conçu ces sept points pour solidifier les idées du mouvement “Fat Liberation” et terminent par un appel à l’action. Le manifeste établit d’abord que les gros ont droit à ce qu’on leur refuse au quotidien : « le respect et la reconnaissance humaine ». Les autres objectifs décrivent ensuite l’exploitation commerciale des corps gros par les entreprises et les institutions scientifiques. Ce manifeste a marqué un point clé dans le mouvement Fat Liberation car c’est l’une des premières fois qu’il y a eu un appel public à l’unification des grosses femmes et des grosses personnes dans un but commun. La rhétorique dictée dans ce manifeste donne le ton du mouvement.

En 1979, les membres du Fat Underground tournent une première vidéo revendicatrice documentant leurs luttes. Vous pouvez la regarder ici :

 

Le FAT MANIFESTO :

1. NOUS croyons que les personnes grosses ont entièrement droit au respect humain et à la reconnaissance.

2. NOUS sommes révoltées par le mauvais traitement qu’elles subissent à des fins commerciales et sexistes. Ils font de nos corps des objets de ridicule et créent ainsi un immense marché lucratif en vendant de fausses promesses pour venir à bout de ce ridicule.

3. NOUS concevons notre lutte en solidarité avec les luttes des autres groupes d’opprimées qui luttent contre le racisme, le sexisme, les classes sociales, l’âgisme, le capitalisme, l’impérialisme et tous leurs semblables.

4. NOUS exigeons l’égalité des droits pour les personnes grosses dans tous les domaines tel que cela est prévu par la Constitution des États-Unis. Nous exigeons l’accessibilité à tous les produits et services du domaine public ainsi que l’élimination de toute forme de discrimination que nous subissons dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, des services publics et des services de santé.

5. NOUS dénonçons comme notre principal ennemi toute l’industrie dite de l’amaigrissement. Ceci inclut tous les clubs de diète, les salons d’amaigrissement, les médecins spécialisés dans l’obésité, les livres de diète, les produits diététiques ou les suppléments diététiques, les interventions chirurgicales, les médicaments “coupe-faim”, toutes les pilules et les gadgets tels que les machines amaigrissantes. Nous exigeons que l’industrie dite de l’amaigrissement prenne ses responsabilités face à ses fausses déclarations, qu’elle reconnaisse que ses produits sont nuisibles à la santé publique, et qu’elle publie des résultats d’études statistiques de longue durée démontrant l’efficacité de ses produits. Nous posons ces exigences en sachant très bien que, lorsqu’on les évalue sur une période de cinq ans, plus de 99 % des programmes d’amaigrissement sont un échec total et qu’il est prouvé que les gains et les pertes de poids importants et successifs sont très dommageables.

6. NOUS dénonçons cette science mystificatrice qui prétend, à tort, que nous ne sommes pas en bonne santé. Elle est l’origine à la fois de la cause et du maintien de la discrimination que nous subissons, en plus d’aller de concert avec les intérêts financiers des compagnies d’assurance, de l’industrie de la mode et du vêtement, de l’industrie de l’amaigrissement, des industries alimentaire et pharmaceutique ainsi que de l’establishment du pouvoir médical et psychiatrique.

7. NOUS refusons d’être subjuguées dans le but de servir les intérêts de nos ennemis. Nous proclamons notre pouvoir sur nos corps et sur nos vies. Nous nous engageons nous-mêmes à poursuivre ces buts ensemble. PERSONNES GROSSES DE LA TERRE, UNISSONS-NOUS ! NOUS N’AVONS RIEN À PERDRE…

• Tiré de Schoenfielder, Lisa and Wieser, Barbara (ed.), Shadow on a Tightrope. Writings by Women on Fat Oppression, Iowa City, Spinsters Aunt Lute Book Company, 1983, 260 p.

• Copyright 1973 by The Fat Underground

• Traduction : Louise Turcotte, issue du fanzine Oppression et Libération de la Grosseur

Congrès du GROS 2021 : nos notes

Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids (G.R.O.S)

Congrès 2021 – Poids et santé, mythes et réalités

Nous avons eu la chance d’être invité.e.s au congrès annuel du G.R.O.S. Nous vous mettons ici à disposition les notes et remarques prises pendant cet évenement.

Merci à Lisa pour ce travail colossal.

JOUR 1 – Jeudi 25 Novembre 2021 

  • Ouverture – Sylvie BENKEMOUN, psychologue psychothérapeute, Présidente du G.R.O.S

Lutter contre les évidences quand elles desservent nos patients. Il faut du temps pour que les nouvelles idées prennent. Société focusées sur la santé, comme valeur morale, et forcément lié au poids. Il y a de plus en plus l’idée que le bonheur = la santé. Même dans les discussions scientifiques autour de Covid, il y a eu récemment du feedback sur les 2,5 kg pris pendant Covid en moyenne, ce qui semble étrange à la vue de ce que cette pandémie représente. Dommage aussi de ne pas avoir parlé de ceux qui ont perdu du poids pendant Covid, et de ne pas chercher pourquoi/comment, ne pas se contenter de pointer du doigt la prise de poids, mais chercher vraiment des réponses, des données. Il reste donc de quoi discuter, échanger sur le fait d’interroger les principes de santé et de voir si d’autres façons de gérer l’obésité existent. Etre gros est quelque chose qui devrait être possible !

 

  • Session Des Poids des Mesures – Gérard APFELDORFER, psychiatre, co-fondateur G.R.O.S

Intro :  « le surpoids et l’obésité sont ils si nuisibles pour la santé »

Le poids medical

Le poids est une préoccupation depuis l’antiquité (le corps doit être bien proportionné). Les romains sont arrivés sur « manger moins bouger plus » (Galien). Ça n’a donc pas beaucoup changé au final, on en est toujours sur ce mythe aujourd’hui !

La mathématisation commence par la metropolitan life (compagnie d’assurance) qui créé des tableaux de mesure de l’espérance de vie versus le poids/taille. Horrace Fletcher : milliardaire, gros, à qui on a refusé l’assurance a décidé de tout faire pour maigrir. Il a essayé les régimes et a défini la méthode « mâcher », quand on mâche on maigrit. Grand succès aux USA. Première méthode de régime « de masse » puisqu’il parcourt les US pour expliquer sa méthode, le terme rentre même dans le vocabulaire courant de l’époque. D’ailleurs récemment un nutritionniste connu a relancé cette méthode en France.

Ensuite on a essayé de mathématiser le poids (slide 1):

  • Brocas de calculer le poids idéal poids/taille. Le poids idéal c’est la taille – 100 (si vous mesurez 1m65, vous devez peser 65kg). 
  • 1929 nouvelle formule pour différencier femme et homme ce qui manquait dans le calcul précédent
  • Puis formule de Bornard pour en plus prendre en compte le tour de poitrine. 
  • Puis 1974, nouvelle formule, Devines. 
  • Puis formule du Prof Creff, ne prend pas en compte le sexe, mais la morphologie. 
  • Arrive l’indice de Quetelet : l’IMC. Il pose des problèmes, en particulier avec les seuils, le seuil de début du statut « obèse » change. Depuis 2000, l’OMS change le seuil, à partir de 25 = surpoids. Ce changement a fait pousser la population obèse d’un coup. Il n’y a pas de raison particulière pourquoi ce seuil a été baissé, c’est un consensus scientifique.

Aparté sur l’IMC :

L’IMC ne tient pas compte de l’âge, du sexe, de la génétique, de la masse musculaire, l’ethnicité, masse osseuse, position des graisses (obésité génoïde pas dangereuse), la sédentarité, la stabilité du poids (pas pareil stable que yoyo). Ça n’a pas d’intérêt clinique pour la prise en charge des patients. Il y a déjà des méthodes d’évaluation de la masse grasse, meilleures que l’IMC.

Le poids est l’objet de régulation, la masse grasse compte plus que le poids, et la masse grasse est une masse régulée et on ne fait pas ce qu’on veut avec cette régulation. La position de la masse grasse aussi a plus d’influence que la masse seule.

Attention donc à la mathématisation du poids pour la gestion de la santé. (Dans la session suivante, l’intervenant va, lui, dire que cet indice a le mérite de définir à quel IMC on indique tel ou tel traitement, telle ou telle chirurgie, ou dans les pays qui utilisent les médicaments tel ou tel médicament. Ainsi que la prise en charge au sens financier/Sécu.)

 

Le poids esthétique.

Peut-on, doit on définir des normes de beauté ? Là aussi depuis l’antiquité on a essayé de mathématiser les normes de beauté. Le nombre d’or. Et là on a systématiquement distingué les hommes des femmes.  Aujourd’hui on en arrive à la beauté déclarative. Tout le monde peut être beau si on se comporte en conséquence. On est beau si on le décide, si on le montre (réseaux sociaux), si on le dit aux autres, si on l’assume. On peut être beau de Brad Pitt à David Bowie, d’un culturiste à un geek, c’est une question de stature.

 

  • Session Set Point ? Nouveaux traitements nouveaux espoirs – Pr Sébastien CZERNICHOW, chef de service nutrition Hôpital Européen Georges Pompidou

A ce jour les recherches bloquent pour trouver des médicaments sans effet secondaire, car il s’agit de trouver des molécules qui pourraient cibler la masse graisseuse/tissu adipeux et cette masse est présente dans tout le corps, de façon différente d’une personne à l’autre, c’est donc compliqué de faire que le médicament cible quelque chose. Le tissu adipeux est partout, il n’a pas la même fonction de partout, il ne fonctionne pas pareil chez tout le monde, donc comment faire un médoc qui marche pour tout le monde.

 

La recherche est passionnante et il y a du travail. L’IMC aussi controversé soit-il, permet de savoir comment distribuer les pratiques thérapeutiques : qui on opère, qui est pris en charge, quel médicament pour quel poids..etc..

 

Nouvelles méthodes/traitement de l’obésité :

  • La partie comportementale : nouveaux outils digitaux pour poursuivre « l’effort de perte de poids » dans le quotidien, genre le médecin peut faire des rappels SMS, réseaux sociaux..etc…
  • Nouvelles chirurgies bariatriques (SADI sleeve), recherches très actives sur ça. 
  • Côté gastro entérologie : nouvelles techniques endoscopiques pour développer du moins en moins invasif (ballons)
  • Nouveaux médicaments (molécules pour limiter la prise alimentaire, indiquer directement au cerveau qu’il n’a plus faim ou booster le système digestif pour que lui indique au cerveau qu’il n’a plus faim – essais cliniques en court, certains médocs déjà sur le marché US/CA)

Le problème des traitements médicamenteux c’est la différenciation des résultats sur les personnes. Aujourd’hui on ne sait pas pourquoi ça marche beaucoup sur certains, peu sur d’autres, pas du tout sur d’autres. Les effets secondaires sont présents pour tous les médicaments en étude ou sur le marché. Effets secondaires classiques : diarrhée, constipation, vomissement, nausées. Les études disent que ce ne sont pas les effets secondaires qui font la perte de poids mais bien l’efficacité du traitement (il n’a pas cité d’étude). C’est-à-dire, ce n’est pas parce que les patients vomissent tout le temps qu’ils perdent de poids. Les médicaments interviennent prioritairement sur le comportement alimentaire (diminution appétit) que sur l’augmentation de perte calorique. C’est dans ce domaine qu’il y a encore beaucoup à créer.

Est-ce que les médocs aident et que se passe-t-il quand on arrête ? Etude semaglutide = quand on arrête le traitement, on ne peut a priori pas maintenir la perte de poids d’après les résultats de l’étude. Vu les effets secondaires, c’est compliqué de garder le traitement à vie… les études montrent beaucoup d’arrêt en cours de traitement, à cause des effets secondaires. Il y a donc encore à faire, si cela devient des traitements à vie pour contrôler le poids. 

Pour le meilleur effet du traitement, médicament ou chirurgie, il faut combiner avec activités physiques (voir session suivante sur ce qu’on appelle activité physique). A discuter, comment prendre en charge par assurance maladie si cela fait partir du traitement à proprement parler.

Traitement efficace = traitement combinatoire comme dans d’autre pathologie, comme en cardiologie. Quand le traitement cardio est un combiné de 5 médicaments on fait beaucoup moins le rapport prix/coût versus bénéfice pour le patient/maladie. Alors que pour les traitements de l’obésité, on insiste beaucoup sur le coût, on répète que les médocs c’est 10€ par jour… « comme en diabéto, il faut diversifier et combiner les actions » comportement, sport, ..etc.. personnalisé aux patients, au rythme de vie, sur la durée

Au moins en France, on a une feuille de route de la prise en charge de l’obésité. ça a le mérite d’exister.

Beaucoup de question sur comment rendre obésité maladie donc ALD, donc prise en charge, obésité et vraie maladie, prise en charge plus large que juste chirurgie.

 

  • Session Poids et activités physiques, quelles intentions – Pr Martine DUCLOS, chef de service, Médecine du sport et explorations fonctionnelles, CHU de Clermont-Ferrand

Intro : le sujet du jour pourquoi l’injonction faites aux obèses de « faire du sport ». Qu’est-ce que l’activité physique par rapport à l’activité sportive ? Quels sont les mythes à déconstruire ?

 

Le duo poids/activité physique comporte beaucoup de mythes qui peuvent provoquer de la déception et donc perdre leur efficacité. 

Le poids c’est les viscères, le muscle, les os, l’eau.

Le muscle est responsable de la communication entre les organes. La masse musculaire est donc primordiale dans la communication interne du corps.

 

Le point critique a noté c’est que le tour de taille plus important que l’IMC. Pour un IMC « ok » si tour de taille trop haut, la mortalité augmente de 80% pour les femmes. J’insiste sur le tour de taille, le poids ailleurs dans le corps à moins d’impact sur la mortalité que le poids autour de la taille.

Fake news : l’activité physique fait perdre de poids. 

Non, en tous les cas pas forcément de la masse graisseuse et c’est elle la plus « à risque » dans l’obésité. Et pas non plus l’activité physique seule. L’activité physique a un effet primordial et bénéfique sur la santé, mais pas particulièrement sur la perte de poids. L’activité physique est donc évidemment recommandée, mais il faut arrêter de l’associer uniquement à l’obésité et uniquement à la perte de poids. Par ex, l’activité physique diminue la masse grasse viscérale et donc le risque de diabète et maladie cardio vasculaire. Même sans perte de poids.  Un « balanced diet » combiné avec activité physique c’est le mieux, sur la masse grasse (pas le poids à proprement parlé).

 

Activité physique même sans perte de poids = bien pour la mortalité, dans les chiffres, le risque de mortalité est quasi identique entre patients obèses et non obèses tant qu’il y a une activité physique. Par ailleurs l’activité physique est importante pour santé mentale, pour les pathologies ostéoarticulaires, pour le risque de cancer (risque élevé chez les obèses, donc activité physique recommandée, mais toujours pas pour perte de poids). L’activité physique améliore aussi la qualité du sommeil, qui est aussi un facteur dans la gestion de la masse graisseuse au niveau du tour de taille.

L’activité physique change les activités cérébrales donc le comportement alimentaire. Il y a des études sur base d’IRM avec stimuli visuels qui montrent la baisse des réflexes comportementaux (appétit, satiété, envie sucrée) chez les patients qui ont commencé une activité physique régulière. Pour faire le parallèle avec la présentation précédente sur les médicaments qu’on essaie de faire agir sur le cerveau pour changer les transmetteurs de faim, et ben l’activité physique permet de changer/adapter/diminuer les transmetteurs de faim/appétit, sans médicament. 

La recommandation OMS pour les obèses avec effet yoyo installé et reprise de poids = 1h à 1h30 par jour….. C’est effectivement peu possible, physiquement et techniquement à part si obèse = maladie = arrêt maladie pour gérer le sport intensif.

Il faut cumuler activité physique endurance + renforcement musculaire, pas que l’un ou l’autre. Il n’y a pas plus de valeur à l’un ou à l’autre. Ils sont complémentaires et aussi importants.

Il faut gérer la santé des personnes en surpoids, pas juste leur poids/kilos. L’important c’est d’agir sur la mortalité, pas le poids. Le plus important c’est de ne plus grossir, mais surtout d’améliorer la santé globale du patient, la perte de poids n’est pas si importante.


Activité physique = bouger, gesticuler, adapter l’activité physique. Activité physique ce n’est pas que du sport. Si de rien on passe à 10mn par jour il y a DEJA un effet bénéfique sur la santé et la mortalité. On n’est pas obligé de partir sur 90mn de sport par jour.

Après le yoyo des régimes, surtout gros effet yoyo ; l’objectif de perdre du poids est illusoire, il faut traiter la santé globale, la reprise de confiance, expliquer aux patients que si santé globale ok, le facteur poids n’est plus aussi critique


Obésité et douleur musculaire ou articulaire : est-ce contre l’activité physique = non pas du tout, au contraire, l’activité physique est un traitement de la douleur (pas en période de crise), là encore le point est : activité physique ce n’est pas un jogging de 40mn ! il y a plein de types d’activité physique, il faut être encourageant, motivant, convaincant et pas se limiter juste « jogging » or cardio. La masse graisseuse se travaille avec le renforcement musculaire et le cardio. La masse musculaire se crée avec le renforcement musculaire et le cardio. Aussi le cardio ce n’est pas que courir, le sport adapté propose du cardio. Aussi, n’oublions pas que pour tabler sur le long terme, l’activité physique doit être diversifiée, et autant que possible associée à du plaisir. Forcer un patient dans un type d’activité qu’il déteste c’est prendre le risque d’abandon. L’activité physique même si elle a des effets à court terme est un accompagnement du long terme/à vie, donc le plaisir la satisfaction sont importants.

 

  • Session L’ALIMENTATION IDÉALE EXISTE-T-ELLE?  Dr Jean-Michel LECERF, chef du service de nutrition, Institut Pasteur de Lille

 

Intro : le sujet de cette session alimentation idéale pour qui, pour quoi. Résultat du travail collectif sur LES obésitéS

 

« L’alimentation idéale c’est la mienne, celle que j’ai que j’ai acquise dont j’ai hérité ».

Première question : à quoi sert d’avoir une alimentation idéale ou une alimentation tout court.

Ce n’est pas que se nourrir, il y a aussi nous réjouir, nous réunir.

De toute façon l’alimentation doit me faire du bien. Me faire sentir bien.

Mais l’alimentation reste un compromis, on ne peut pas toujours nourrir, réjouir et réunir en même temps. 

Bon poids = alimentation idéale ? non pas sûr

Bon poids serait plutôt « le poids qui me va, confortable et qui est stable » pas forcément le poids mathématisé. Ni le poids, ni l’alimentation ne font tout pour notre santé ou bien être. On ne peut pas avoir une approche aussi simpliste. 

 

Alimentation idéale c’est satisfaire ses besoins alimentaires. Peut être première fonction ce sont les besoins nutritionnels. Tout cela est décrit dans moult livres, en moult détails. Cela fonctionne comme repères, comme compromis commun, pour la santé publique. C’est un outil de santé publique mais pas un outil individuel. Cela ne suffit pas pour confirmer que chacun à une satisfaction nutritionnelle.

 

Alimentation idéale le but c’est aussi un rôle de santé. On arrive alors sur les créations comme les scores, les indices alimentaires, les « dressing size ». Ce sont des indicateurs construits sur la base d’études épidémiologiques. Il faut les prendre comme indicateur, pas comme règle. 

 

L’alimentation idéale c’est aussi dans le but de vivre mieux et plus longtemps. C’est ok, mais pas sûr, soyons modestes, on met plus de chance de notre côté mais ce n’est pas garanti. Arrêtons de vouloir tout faire faire à l’alimentation, cela culpabilise les patients et ce ne sont pas des objectifs atteignables.

 

Suivre le PNNS il faut inviter à la modestie et de la prudence, il n’y a pas de règles parfaites à suivre à la lettre, cela entraine des troubles du comportement alimentaire.  Si on mange que du score A ça ne veut pas dire avoir une bonne alimentation et bonne santé. L’alimentation nécessite des choix, des compromis et des variations, de la diversité.

 

Le bon terme c’est alimentation équilibrée ? Pas sûr, en fait tout le monde en parle mais personne ne sait vraiment ce que c’est.

 

Donc alimentation idéale = poids stable, et une relation apaisée avec la nourriture. C’est une clé primordiale de l’alimentation idéale. Le mythe de l’idéal de l’alimentation méditerranéenne est effectivement un mythe. Oui elle est bonne, mais plus complexe que les injonctions dont on parle en général dans les médias.

 

Bon aliment = au mieux de sa forme = bon, nature, simple, peu transformé, pas tout seul

Notre alimentation n’a jamais été aussi variée et disponible qu’aujourd’hui, dans le monde. MAIS attention aux vrais problèmes du domaine de la nutrition : pauvreté, stress..

Conclusion : l’alimentation idéale n’existe pas, faisons preuve de compromis, de bon sens avec nos patients, occupons-nous des vrais problèmes, du soin, pas uniquement du contenu de l’assiette.

 

QUESTION – REPONSE

  • Microbiote et poids = oui c’est très important, mais attention à la notion de « deuxième cerveau » c’est peut-être beaucoup. C’est un organe, clé, sous influence de tellement de facteurs (tabac, stress, trauma, alimentation .etc..). On sait où il agit, mais pas clairement comment le modifier et pas durablement. Il y a encore beaucoup à faire, à s’intéresser, mais pour le moment ça rajoute une couche à la compréhension de notre fonctionnement ou en tout cas à la confirmation que le poids, l’alimentation ne sont pas de sujets simples, il y a de la complexité, du multifactoriel et surtout on ne sait pas tout, encore, aujourd’hui, nous les médecins.
  • On peut faire évoluer ses habitudes mais il est illusoire de distribuer des règles toutes faites, ou des règles tout court. Il faut de la fluidité. Prendre en compte les inégalités de vie, de génétique, de capacité. « si vous faites ça, tout ira bien » ça n’existe pas. Ne le promettons plus
  • Nous sommes humains, il faut s’occuper du patient pas de la maladie. Rappelons que le microbiote peut être un frein à la perte de poids.
  • Boissons sucrées : jus de fruit moins pire, mais globalement trop de sucre, mieux vaut un aliment solide = une orange mieux qu’un jus d’orange. Effets négatifs à partir de plus d’une portion par jour. C’est une consommation très culturelle, socio-culturelle aussi, liée à la pauvreté. Attention à la stigmatisation et à la dramatisation d’un certain aliment
  • La perception sensorielle pas assez développée dans votre présentation 🡪 Oui évidement facteur très important dans l’alimentation surtout pour qu’elle soit agréable
  • Laits végétaux : attention enfants, ok adultes. Attention jus de soja a aussi des apport protéine ce n’est pas un lait végétal comme les autres, il apporte un truc en plus.

 

JOUR 3 – Vendredi 27 Novembre 2021 – Peut-on maigrir sans contrôle ? Conférence Grand-Public 2021 

Intervenants :

Sylvie BENKEMOUN, psychologue psychothérapeute, Forcalquier

Savéria GARCIA, diététicienne-nutritionniste, Saint-Laurent du Var

Béatrix de LAMBERTYE, patiente-experte, patiente-chercheuse

Pr Jacky NIZARD, gynécologue obstétricien, GH Pitié-Salpêtrière, professeur de

gynécologie obstétrique, Sorbonne université

Jean-Philippe ZERMATI, médecin nutritionniste psychothérapeute, Paris

 

Attention à la confusion poids/santé. 

  • Expérience d’un nutritionniste américain, Marc Hobs, il décide de manger que de la junk food non stop. Au bout de 10 semaines il est passé de 91 à 71 kg, diminué glycémie, augmenter bon cholestérol, diminuer mauvais cholestérol. Conclusion : « je sais que ce que j’ai mangé n’était pas sain, mais je suis bien obligé de constater que j’ai perdu du poids ».
  • Chez les enfants diabétiques, enfants en cadrés, soignés pour le diabète, sur la longueur d’observations on constate que les enfants les plus gros sont ceux qui mangent le plus de fruit et légume. Donc le problème c’est la surconsommation, pas les aliments eux même. 
  • Résultat de campagne santé publique dans le monde. 
    • En Australie, grande campagne contre boisson sucrée, depuis environ 30 ans. La consommation de sucre a diminué, oui, mais dans cette même période l’obésité de la population a augmenté
    • Au US, 1976 – 1991 campagne anti graisse = baisse de 11% de graisse dans l’assiette + 80% de gens passent aux aliments « light », mais aussi 31% de plus obésité
    • En France, manger moins bouger plus, depuis 1999 = entre 99 et 2010, ok les français sensibles au message, baisse consommation graisse de 3%, mais obésité de la population + 70%

 

Ce n’est pas parce qu’on mange plus sain, que pour autant on a une alimentation qui contrôle le poids. C’est une erreur de confondre ces notions. Ça entraine des complications.


Encore quelques chiffres

  • 60% de français pensent que le beurre fait plus grossier que la margarine, parce que margarine bonne image santé 
  • 64% pensent que l’huile d’olive ne fait pas grossir alors que non, mais elle a une bonne image santé
  • Pareil pour les amandes. Aliments gras, mais du fait de leur image santé, ils sont acceptables.

 

Manger sucré est responsable du diabète : c’est totalement faux, il y a des patients fans de produits gras mais pas de sucre et quand même diabétiques. Le diabète arrive souvent par la prise de poids, que ce soit du sucre ou pas. Donc non diabète ce n’est pas à cause du sucre.

 

Le sport ok ça bouge la masse, mais ça fait aussi manger, plus on fait du sport plus on mange. C’est une notion importante, notamment pour les patients à qui on fait croire à la perte de poids par le sport. Ils sont déstabilisés de manger plus !

 

Tout ça a des conséquences sur la consommation alimentaire, sur le rapport à la nourriture. On en arrive au concept du trouble du réconfort : l’incapacité de se réconforter avec les aliments, alors que la nourritue et l’alimentation a pour vocation utilité et fonction de réconforter. Ce n’est pas anormal de trouver du plaisir et du réconfort dans l’alimentation. Une des actions de la nourriture et de manger : calmer nos émotions, nous rassurer, nous faire du bien. Cela dit, seuls les aliments riches ont cette capacité de nous apaiser. Le problème c’est que ce sont précisément les aliments sur lesquels on met le plus de contrôle, d’interdit, de culpabilité. Donc ces aliments réconfortants sont mal perçus et donc on enlève cette sensation alimentaire de réconfort, donc on arrive à des troubles du réconfort. A force de cibler ces aliments, de les moraliser, on les transforme en aliments stressants, ça pose donc le problème d’enlever la capacité de réconfort de manger. En plus, ces aliments bannis entrainent des compulsions. Voilà un désordre qu’entraine la confusion poids/alimentation santé.

 

Sylvie BENKEMOUN, psychologue psychothérapeute, Forcalquier

En complément sur le trouble du réconfort = d’un point de vue psycho, vu la dose de culpabilité d’être gros et pas un poids standard, par défaut ça impacte notre alimentation confort. Le trouble du réconfort nous entraine donc du côté psycho de la santé des personnes grosses.

OMS dit que la santé c’est un état de bien être physique psychologique et social, pas seulement une absence de maladie et infirmité.

Quand on associe poids/santé, on oublie la psychologie, conséquence de l’obésité en vivant dans un monde hostile.


Enquête OBEPI 2021

Souvent ces enquêtes sont assez alarmantes, chiffre obésité en constante augmentation.

En France 17%, beaucoup moins qu’en Angleterre (33%) ou aux US (60%), donc arrêtons le sensationnalisme

Diabète = 7% de la population en France, chez les personnes en surpoids 11%, chez les personnes en obésité élevée : 23%

Pour une fois l’enquête parle des facteurs psychologiques.

On croit que la dépression c’est une conséquence de l’obésité = la difficulté et la honte de vivre l’obésité. Mais en fait elle peut être à l’origine. A l’origine de l’obésité il y a ce qu’on peut mettre sous le chapeau des « traumas ». Chez les personnes obèses 40% ont subit des traumas, principalement sexuels. Le trauma pour une personne obèse c’est fréquent. On ne va pas donc guérir des personnes traumatisées en les angoissant, stigmatisant. L’obésité ce n’est pas seulement le poids. C’est un équilibre à trouver entre les histoires de vie de chacun, le parcours, et sa santé. Tout le monde ne peut pas peser le même poids. Tant qu’on associe obésité à une tare et un manque de volonté on ne va pas y arriver.

Il y a 20 ans on avait convenu qu’on ne pourrait pas avancer sur la lutte contre l’obésité sans arrêter la stigmatisation. 20 ans plus tard ça ne bouge pas beaucoup.

Les clichés sont acceptés comme tels, ils ne sont pas challenger. 

Je salue les associations, les patients experts, qui essaient de bousculer tout ça.On ne peut pas attendre 20 ans de plus, et de plus en plus de souffrance. La santé doit inclure le bien être psychologique et social. Il faut changer le paradigme, il faut faire autrement puisqu’on constate que ce qu’on fait depuis des années ne marche pas.

Il faut faire entrer la santé dans sa globalité dans le traitement des patients obèse.

 

Béatrix de LAMBERTYE, patiente-experte, patiente-chercheuse

 

Ethique et étiquette.

L’éthique ne fait pas partie de la façon dont les patients obèses sont traités

  • Lola, participation à Danse avec les stars, prise à partie dans la rue, insultée sur son poids. Elle a pu faire intervenir des policiers et ils ont été verbalisé.
  • Maggie De Block, il y a 3 ans, nommée ministre de la santé en Belgique. Le lendemain de sa nomination, les médias belge « peut-on être ministre de la santé en étant obèse ? » au final, après quelques jours de débat médiatique, on a accepté parce que son obésité était lié à une maladie chronique… alors on accepte parce que c’est pas de sa faute… Il a donc les bons et les mauvais gros. Ceux dont ce n’est pas la faute et ceux dont c’est la faute
  • Alain de Perpignan en France : homme traité par les médias de façon horrible. Il était coincé chez lui, 300kg. Les médias on fait des articles tellement difficiles. (elle lit plusieurs extraits). On a fait du sensationnalisme. Avec des chiffres, 300kg, des tonnes de grue pour le déplacer..etc… Au final, les articles de fin, conclus sur « il a perdu 140kg donc c’est formidable ». Par contre, sa situation de précarité est critique, et ça, ce n’est pas traité. On enlève son humanité à cette personne, c’est un corps gros. Il perd du poids c’est bien.
  • Iseult. Victoire de la musique. Ambassadrice l’oréal. Et elle se prend des montagnes de commentaires racistes et/ou grossophobe. (Elle lit des extraits « ce gros tas de graisse nous indispose »..etc…) je veux vous faire entendre la violence des propos. C’est une artiste talentueuse et on ignore son talent pour la résumer à son corps
  • Karine le Marchand, opération renaissance. Ok certains opérés se sont reconnus, mais ce genre d’émission ne leur a peut-être pas permis de prendre du recul sur cette opération. Et elle a été brutale avec les participants et les téléspectateurs. Là encore, sensationnalisme. On a pesé des personnes devant un miroir, c’est violent.

 

A noter aussi ce qu’on entend dans les médias, sur les réseaux sociaux : « Est-ce que c’est prudent de dire aux obèses qu’ils ont une maladie chronique ? ils ne vont plus faire d’efforts ». « Est-ce que c’est raisonnable de faire des vêtements grande taille ?  ça encourage l’obésité ». Je vous répondrais : « est ce que faire des fauteuils roulants et les adapter, rendre jolis ça va faire passer l’envie de ces personnes de faire leur rééducation ? »

 

Luttons contre les préjugés en utilisant le bon langage

  • Une obèse ou une personne en situation d’obésité
  • Gros n’est pas un gros mot
  • Obèse vient de ob édérer qui veut dire manger trop, ce mot en lui-même est pas ok
  • Parlons d’obésité 1 2 ou 3 plutôt que sévère massive morbide

Créer un climat de confiance, écouter la personne, elle est experte de son corps, croire la personne

Equiper son bureau : chaise, affiche, tensiomètre, des toilettes accessibles

Conclusion, mon objectif fou  c’est que toutes les personnes soient des personnes et traitées comme des personnes ! Toi personne en obésité : Soit belle, sens toi belle, ne te tais pas, affirme toi !

 

Pr Jacky NIZARD, gynécologue obstétricien, GH Pitié-Salpêtrière, professeur de gynécologie obstétrique, Sorbonne université

 

Comment on lutte avec la violence obstétricale qui est démultiplié chez les personnes obèses ?

 

Je vais avoir un discours assez proche de celui que j’ai avec les professionnels même si aujourd’hui on parle au grand public.

Les chiffres sont simples, parlants, oui il y a des risques et donc il faut une prise en charge particulière. Malgré ce fait, on reste sur la corde sensible de la discrimination. C’est-à-dire que chaque médecin gère, avec ses préjugés, au lieu de se référer aux experts.

Quand vous avez une pathologie cardiaque, ou une sclérose en plaque et que vous tombez enceinte, vous allez voir une équipe spécialisée dans votre pathologie pour gérer la grossesse. Alors que pour la pathologie obésité, on croit qu’on peut tous gérer. Non. Il faut aussi mettre en place ces circuits de spécialisations, avec des experts. C’est primordial pour la prise en charge des femmes enceintes et en obésité. Vous serez donc traités avec des gens comme vous, par des professionnels formés et habitués à gérer des patientes comme vous, et non pas en tant qu’exception. En médecine ce n’est jamais bon d’être une exception.

 

Il faut donc professionnaliser la prise en charge des patientes en situation d’obésité.

L’enjeux c’est la notion de parcours de soin, par des pros, qui ont un langage, pas quelqu’un qui découvre le truc, qui n’a jamais vu de patiente dans cette situation.

En moyenne, les risques obstétriques sont multiplié par 3 pour les personnes obèses, MAIS pour autant on peut y arriver et la grossesse et l’accouchement peuvent très bien se passer. 

Il ne faut pas « faire comme pour tout le monde », il faut être franc avec la patiente, mais pas la peine non plus de faire peur.

Quand il y a des complications, il n’y a pas aujourd’hui de façon d’associer spécifiquement à l’obésité. Il y a des risques de complication obstétrique dans toute la population générale. Donc quand quelque chose dysfonctionne, on ne peut pas dire « c’est à cause de l’obésité » avec certitude, ça peut être juste le risque de la population générale (prématuré par ex). Donc sortons de la culpabilisation (soignants) et de la honte (patiente). 

La seule façon de diminuer les risques = professionnalisation du parcours pour personnaliser la prise en charge.

Il faut informer. Y compris avant la grossesse. Cela permet d’aborder la grossesse sereinement.

Il faut impérativement bien choisir sa maternité. Pour les obésités importantes, oui il faudra certainement un maternité spécialisée, il faudra plutôt un grand CHU qu’un petit hôpital. Pour info, on peut demander poids/taille dès l’inscription, c’est pas discriminatoire c’est pour s’assurer du bon parcours de soin dans la bonne maternité.

Objectifs de poids pendant la grossesse = c’est très sensible, parce qu’on sait qu’on ne contrôle pas tout, c’est une histoire de discussion. De toutes façons, vous allez prendre du poids, environ 7 à 8 kilos. C’est ok. MAIS pour IMC supérieur à 40, il faudrait en fait perdre du poids pendant la grossesse. Tout le monde sait que c’est quasi impossible, donc les médecins peuvent s’accorder sur « essayer de ne pas prendre de poids ». On s’adapte, on respecte les patientes qui ne veulent pas se peser par ex, c’est un partenariat jusqu’à la naissance en bonne santé.  

 

Conclusion : OUI la grossesse est possible chez les personnes obèses, elle peut bien se passer, avec enfant et maman en bonne santé ! Mais avec un parcours professionnalisé, qui est a développé en France. On a fait pareil pour la cardiologie, on avait des services cardio partout et on a changé d’approche, on a créé des centres spécialisés.

 

Savéria GARCIA, diététicienne-nutritionniste, Saint-Laurent du Var

La représentation d’une consultation diététique = mètre, balance, fruit légume, le patient vient chercher un protocole, quoi manger..etc.. Motifs habituels de consultation « je veux » ou « je dois » perdre du poids.

Cette représentation appartient autant aux patients qu’aux soignants.

Il faut la changer.

Au G.R.O.S, la première étape dans le parcours diététique c’est faire le deuil de sa volonté, acceptation que le poids c’est complexe, non ce n’est pas une question de faute/culpabilité.

Ensuite on part sur la déconstruction.

Par ex, en première consultation souvent je demande : qu’avez-vous mangé avant. Quasi tous les patients « ben je me suis lâché puisque je venais vous voir et donc je pourrais plus manger ça ».

C’est là que la prise en charge doit bouger : le plaisir ne disparait pas du parcours de soin.

Il faut donc parler de santé globale : aller vers un poids d’équilibre. Ça veut dire le poids du moment où on a un rapport apaisé à la nourriture, à son corps, un bon équilibre avec le rythme de vie.

Finalement le premier travail diététique c’est la prise en compte de son corps, déconstruire les clichés, les confusions, les mauvais aliments/bons aliments ..etc.. Travailler sur le plaisir, l’acception de soi. Amener de la bienveillance, compassion et surtout autocompassion pour soi-même.

 

SESSION QUESTION REPONSE

 

  • HAES – mouvement américain. Mouvement qui encourage d’être en bonne santé et pris en charge quelque soit le corps. Focus important sur le bien être
  • Microbiote et obésité : pour le moment les recherches n’ont pas vraiment de concrétisation. On sait que c’est important, mais on ne sait pas très bien comment le transformer ni le résultat. C’est donc prometteur mais pas encore concret
  • Campagne journée mondiale de l’obésité trop culpabilisante : c’est compliqué, cette journée c’est « il faut perdre du poids, l’obésité c’est horrible ». On reste donc dans un discours très binaire. On a du mal à trouver la bonne communication, il faut certes faire accepter aux personnes obèses qu’elles sont malades, mais doit-on le faire en faisant peur. La maladie obésité ne se ressent pas, les obèses ne se sentent pas forcément malade, elles ne le ressentent pas dans leur corps. Ça devient une maladie quand les facteurs de risque se manifestent. C’est donc compliqué pour les gens de s’accepter « malade » avant d’avoir des symptômes. Alors que c’est en allant vers ça qu’on aura mieux de prise en charge
  • Produit amaigrissement en pharmacie, quelle régulation, quel rôle des pharmaciens : c’est un grand sujet. Les produits = Zermati « soyons clair on en pense que du mal », ces produits ne démontrent pas d’efficacité. La régulation n’existe pas, en vente libre, et ça devrait se discuter. C’est beaucoup d’argent pour les patients, sans résultat. Oui il faudrait une très forte régulation. D’ailleurs aussi pour tous les régimes, toutes les méthodes de régime. Ce n’est pas ok que ce ne soit pas régulé. Le problème c’est quand on va d’échec en échec de régime, on est dans la spirale de la dépréciation et on va chercher toutes les solutions parce qu’on résume tout à « je n’en fais pas assez ». Aujourd’hui on ne propose pas grand-chose aux obèses à part la chirurgie, donc les patients vont chercher à calmer leur anxiété culpabilité et vont acheter tous les produits. Il faut donc faire avancer le discours pour baisser la culpabilisation. Cela dit, ok les personnes obèses sont en souffrance et font comme elles peuvent. Par contre soyons clairs que ce n’est pas ok du côté des praticiens de vendre ça, de faire croire à ça. Le principe devrait être « il vaut mieux rien faire que mal faire »

 

  • Comment maigrir sans contrôle : On ne peut pas maigrir sans contrôle. Mais entendons nous sur le contrôle. Il faut en fait supprimer le contrôle mental (régime, plan alimentaire, horaires, type d’aliments). Ce contrôle là ne dure pas. Il ne marche pas. Comparaison avec une batterie : elle se décharge à force de régimes contraignants. On la laisse se reposer = prise de poids. Donc on recommence. Mais au bout de 20 fois = ça marche plus, la batterie ne peut plus fonctionner comme avant, quoiqu’on fasse. Après yoyo, au bout d’un moment le corps ne répond plus, le mental s’épuise. Il faut donc remplacer ce contrôle, par un autre type de contrôle : le contrôle des notions de faim, rassasiement, satiété, = c’est un contrôle physiologique. On apprend au corps à suivre ces signaux originaux. C’est physiologique, pas imposé par le mental. Donc ce contrôle/régulation naturel est stable sur la durée. Il n’est pas poussé par le mental, il est physiologique, donc il se maintient dans la continuité. On ne s’occupe pas de ce contrôle. C’est le corps qui se gère, se régule, comme on ne contrôle pas sa température corporelle, des fois elle monte, des fois elle baisse, elle se régule. Quand on interroge les patients sur la place de la nourriture dans leurs pensées = jusqu’à 80% de temps de cerveau. C’est énorme, c’est obsédant. Et quand on revient à la régulation physiologique naturelle, vous rendez aux gens leurs cerveaux, leur temps, leur paix. C’est ça la priorité.

 

  • Futurs praticiens – grossophobie médicale dans les études de médecine = attention il y a des discriminations en général, ce n’est pas que gros. Il y a un mouvement récent, une nouvelle génération. Les internes sont très sensibilisés aujourd’hui, on a espoir que la grossophobie en face partie et que donc ça va s’améliorer. Les nouvelles générations font beaucoup changer les choses. Sylvie Benkemoun intervient pour dire « ok, mais ça va encore doucement, il y a beaucoup à faire, mais ok professeur soyons positifs »

 

  • Maternités spécialisées, où sont elles ? Depuis 30 ans on a réorganisé les maternités pour les prématurés, c’est-à-dire que tout est organisé pour le bébé, pour la prise en charge des complications à la naissance pour le bébé, donc c’est vrai qu’aujourd’hui il y a peu de maternité spécialisée dans la prise en charge des mamans et des mamans obèses. C’est à développer. 

 

  • Comment s’aimer en voyant son corps changer : s’aimer et se plaire sont deux concepts différents. On n’a pas besoin de se plaire pour s’aimer. L’important c’est de s’aimer. L’image que l’on voit ce n’est pas l’apparence. L’image est construite (parcours familial, éducation, injonctions, société). L’apparence est factuelle. En se regardant on a le mental qui parle. Ce qui compte c’est l’interaction humaine, ce qu’on partage avec l’autre, et pas juste rester sur soi, la narcissisation, se regarder, voir ses défauts.

 

  • Parcours diététique comment évoluer ? faire évoluer les prises en charge, casser les clichés des praticiens, mais aussi ceux des patients. Il n’est pas rare qu’un patient soit bloqué sur l’idée de maigrir à tout prix, et donc pas ouvert au concept de santé globale, même si le praticien veut faire autrement. 

 

  • Praticien diététique : en France on est en retard sur la prise en charge. Les formations s’améliorent, le G.R.O.S propose des formations et des praticiens référencé. 

 

  • Le G.R.O.S et chirurgie bariatrique : ça peut se marier, puisque la chirurgie ne soigne pas les TCAs voire en crée donc la prise en charge pas des professionnels du G.R.O.S accompagne la chirurgie. C’est dur de perdre autant de poids. C’est dur même en ayant perdu autant de poids de se retrouver face à ses TCAs, de ne pas comprendre pourquoi ça recommence. Donc la prise en charge triaxiale du G.R.O.S peut aider, surtout en commençant avant. Attention 38% d’échec à la chirurgie. Il faut vraiment préparer cette chirurgie. Et faire un suivi à vie. En particulier quand ensuite ça se marie avec une grossesse. Ce n’est pas parce que chirurgie et perte de poids que ce ne sera pas une grossesse à risque qu’il faut prendre en charge dans un parcours spécialisé.

 

  • Poids d’équilibre : le poids d’équilibre (= rapport apaisé à la nourriture et à son corps) change dans la vie. Il arrive qu’après effet yoyo, le poids d’équilibre reste un poids trop élevé pour la santé de certains patients, dans ce cas là, la chirurgie bariatrique est le seul outil pour baisser le poids. SI BESOIN de santé. Et avec accompagnement comme décrit ci-dessus

 

  • Leptine et obésité : leptine = médiateur secrété par le tissue adipeux, c’est un reflet de la quantité de graisse dans le corps et ça informe le cerveau de la quantité de masse grasse pour la réguler. On a découvert ça il y a 30 ans, le lien entre tissu adipeux et cerveau. Il y a quelques anomalies génétiques, ça a donné de l’espoir au début, on en a beaucoup parlé. Mais aujourd’hui, ce n’est qu’un des paramètres parmi tant d’autres de l’obésité, et il n’y a aucun traitement efficaces parce que finalement les obésités liées aux troubles de la leptine sont hyper limitées, genre quelques dizaines de patients dans le monde. 

 

  • Prise en charge publique du parcours obésités. PNNS, feuille de route obésité. Mais on a encore besoin de saut de puce voire d’éléphant pour avancer. Premier point : la reconnaissance de la maladie obésité. 

 

  • Est-ce qu’on peut être gros et en bonne santé : OUI. On peut être mince et en mauvaise santé, et oui on peut être gros et en bonne santé. La minceur n’est pas la clé de la santé. Le poids d’équilibre peut se dérégler vers le haut, on peut donc rester gros, mais faire progresser sa santé globale. L’activité physique a plus d’impact que le poids. Un mince sédentaire a plus de risque de mortalité qu’un gros sportif.

 

  • Activité physique : ça peut être des choses agréables. Ce n’est pas que courir ou aller à la salle de sport. On ne doit pas expier son poids en faisant des activités physiques difficiles. Le plaisir est primordial

 

  • Le plaisir est régulateur du comportement alimentaire. Plaisir alimentaire, choix des aliments, texture, plaisir sportif, plaisir émotionnel. On peut travailler le plaisir alimentaire par la pleine conscience, la dégustation, dédiaboliser les aliments, le goût. Dans les consultations on parle d’alimentation mais en fait il faut aussi vivre son alimentation. On a donc organisé des dégustations en restaurant. La consultation a lieu au restaurant. On peut le faire en groupe. Ça casse l’isolement. Ça réapprend à aller dans un lieu public, de choisir sur un menu ..etc..

 

  • Sensation de faim, satiété, se forcer à arrêter de manger ? Aujourd’hui il y a des méthodes pour approcher la satiété. Ce qu’on a appris ces dernières années c’est qu’il ne faut pas uniquement se concentrer sur la faim/satiété mais plutôt sur l’élan, l’envie de manger. Si l’envie de manger ne diminue pas, ce ne sont pas les aliments le souci mais c’est la manière de consommer les aliments. Pas de rassasiement du tout = hyperphagie. Ça ne sert à rien de mettre du contrôle, plus on s’empêche plus l’envie de manger augmente. Pour diminuer les envies de manger, il faut pas les exciter avec les interdictions. On apprend en fait aux patientes à faire diminuer l’envie de manger = il faut apprendre à répondre à toutes les envies qui se présentent (oui c’est encore pas totalement accepté par tous les nutritionnistes fans de contrôle et régime ! mais nous on le sait et on le pratique et on a des chiffres/preuves) = Manger les aliments dont on a envie (plaisir) + concentrer sur les sensations en mangeant + manger sereinement en sécurité (sans culpabilisation peur) = c’est un immense travail, ça prend très longtemps. Mais c’est le seul moyen de libérer l’encombrement mental généré par le contrôle type des régimes et par la culpabilité/honte. Les personnes qui ont cette libération, au final, acceptent de vivre à un poids qui ne leur paraissaient pas ok au départ. Grâce à la libération du contrôle qui provoque un embouteillage dans le cerveau et le quotidien, elles se sentent tellement mieux, que oui le poids est secondaire.

 

  • Comportement alimentaire – diabète type 2 – est-ce que la méthode GROS marche aussi ? = le GROS a sponsorisé une étude sur le sujet. Comparaison approche classique régime versus approche du GROS. Les deux approches stabilisent les indicateurs (glycémie ..etc..) mais sur les 18 mois, l’approche du GROS a de meilleurs résultats = stable. L’autre approche, dès l’arrêt, les indicateurs remontent.

 

  • Rôle des association patients = elles ne sont pas encore assez au rendez-vous. Il y a besoin de travail en commun, et la collaboration/coordination n’est pas toujours là. Je peux citer le travail de Gras Politique, très important très intéressant. Ce type d’association apporte un renouveau, hourra, mais ce n’est pas assez ! Il faut plus de mobilisation, plus de résonance, plus de coordination. Se réunir entre personnes concernées c’est primordial. Elles ont parlé d’Allegro Fortissimo, qui a porté haut et fort la voix des personnes grosses, mais aujourd’hui beaucoup d’assoc vont sur l’image de soi, les concours de beauté. Il faut revenir à plus de militance et d’action, allons-y, recommençons, bougeons !

 

  • Avancées sur le rôle des perturbateurs endocriniens : pas particulièrement d’effet sur le poids. Les médias en parlent beaucoup, mais à ce stade, pas de données particulières en lien pour l’obésité. Evitons donc le catastrophisme et le sensationnalisme

 

  • Thérapie digitale = covid/confinement nous a fait expérimenter uns certains nombres de choses, notamment la télé consultation, on a pu observer que c’était possible que le lien avec le patient existe continue se maintient. Mais aussi que pour certains patients c’est difficile de se voir dans l’écran en séance, c’est dur pour l’image le rapport à soi. Il faut y penser. Proposer au patient de ne pas mettre son visage dans sa video. Ou s’en servir pour la consultation, pour travailler avec le patient là-dessus.

 

 

Ressources clés pour mieux comprendre la lutte contre la grossophobie

Ressources clés

Pour mieux comprendre la lutte contre la grossophobie

Bases de données médicales existantes :

BDDTrans : une base de données de soignant.e.s qui accueillent les personnes trans 

Gyn&co : une liste de soignant.e.s féministes

Bases de données de connaissances : 

La BA(F)FE – FR : Base de données féministe : 

Entrée : Grossophobie – BA(F)FE

En anglais : Fat Lib Archive 

Les autres associations : 

Lutte de gras.ses – Sud de la France – organisation de groupes de parole, fanzines, réunions

Fat friendly ABSL : association belge – participation à des événements, mise en place d’un annuaire des lieux accessibles aux personnes grosses

Fat positivity : association belge

Body Respect Schweiz : association suisse

Les ours de Paris : association parisienne des gros PDs et de ceux et celles qui les aiment

La grosse asso : association française

Cosmo Plus : association francaise

NAAFA : National association to Advance Fat Acceptance (USA)

Sur la chirurgie bariatrique :

Données brutes, rapports, études, : 

Rapport de la DRESS 

Rapport de l’IGAS 

Évolution du recours à la chirurgie bariatrique en France entre 2008 et 2014

Implications à long terme de la chirurgie bariatrique: au-delà des carences

Obésité et bypass gastrique, impact sur la qualité de vie et le risque suicidaire : revue de la littérature

Opinions :

Pourquoi je suis radicalement opposée à la chirurgie bariatrique

Sur les régimes, la perte de poids :

Les régimes restrictifs n’aident pas les obèses à perdre du poids :

De la liminalité de la grosseur : stratégies spectaculaires et identité de gros.

The Bizarre and Racist History of the BMI.

En anglais le podcast Maintenance Phase 

En anglais  

The Science on Weight and Health

Être en obésité et en bonne santé métabolique, une étude :

Sur la grossophobie médicale :

Étude des expériences vécues comme grossophobes par les patients en surpoids ou obèses dans le milieu des soins et les conséquences sur leur prise en charge médicale 

En anglais : Weight Bias in Health Care

Qui a peur de l’obésité ? Martin Winckler

Guide à l’usage des professionnel.le.s de santé

Comment mieux soigner les personnes grosses ?

Mode :

Dynamiques entre catégories de marchés : une étude de l’(in)visibilité du marché de la mode grande taille :

Santé reproductive :

La pilule du lendemain est moins efficace sur les personnes grosses.

Pas de PMA si votre IMC dépasse 30 :

“Toi tu n’as pas le droit de continuer (ta PMA) parce que tu es trop grosse.”

Surpoids ou obésité : influence sur les résultats de la première tentative de FIV/ICSI : une étude

Grossophobie et transphobie :

“The Intersection of Fatmisia and Transmisia” – Quand grossophobie et transphobie se rencontrent

Queer avec un Gros Q, en quoi la grosseur est un enjeu queer et féministe ?

Grossophobie et racisme :

Grossophobie et racisme : Sabrina Strings met au jour les racines de haines liées.

Body Positive :

Comment je me suis éloignée du mouvement body positive

Livres :

Hunger – Roxanne Gay (traduction)

Corps rebelle : réflexions sur la grossophobie – Gabrielle Lisa Collard

Gros n’est pas un gros mot – Daria Marx & Eva Perez Bello

Grossophobie, sociologie d’une discrimination invisible – Solenne Carof

On ne naît pas grosse – Gabrielle Deydier

Grosse, et alors ? Connaître et combattre la grossophobie –  Edith Bernier

Mon corps en désaccord – Anne Zamberlan

Coup de gueule contre la grossophobie – Anne Zamberlan

Les métamorphoses du gras – Georges Vigarello

Sociologie de l’obésité – Jean Pierre Poulain

T’as un joli visage. Mettre fin à la grossophobie – Shérazade Leksir & Céline Segure

Fearing the Black Body: The Racial Origins of Fat Phobia – Sabrina Strings

Belly of the Beast: The Politics of Anti-Fatness as Anti-Blackness – Da’Shaun L. Harrison

Fat activism – Charlotte Cooper

Landwhale – Jes Baker 

Things No One Will Tell Fat Girls – Jes Baker

You Have the Right to Remain Fat- Virgie Tovar

Unashamed: Musings of a Fat, Black Muslim – Leah Vernon

The Fat Studies Reader – Esther Rothblum, Sondra Solovay, Marilyn Wann

FAT!SO? – Marilyn Wann 

​​Queering Fat Embodiment – Cat Pausé, Jackie Wykes

Documentaires : 

On achève bien les gros – Gabrielle Deydier 

Daria Marx, ma vie en gros – Daria Marx

La grosse vie de Marie – Marie De Brauer

Livres pour enfants / jeunes adultes :

Miss Dumplin, Julie Murphy, roman jeunesse

Boule de Suif, Guy de Maupassant, nouvelle

Journal d’une grosse qui réfléchit, Françoise Leclère, roman jeunesse

La Team Collège, Delphine Pessin, roman jeunesse

Faith, Marguerite Sauvage, comics

1er tome disponible gratuitement : https://bliss-editions.com//wp-content/uploads/2020/03/faith-extraut-100pages.pdf

Dietland, Sarai Walker, roman young adult

Le journal de grosse patate, Dominique Richard, théâtre

Ce sera moi, Lyla Lee, roman young adult

La Lune est à nous, Cindy Van Wilder, roman young adult

Nous, les filles de nulle part, Amy Reed, roman young adult

En cloque !, Eva Darrows, roman young adult

Sortir d’ici, Renée Watson, roman young adult

Son corps et autres célébrations, Carmen Maria Machado, nouvelles

Le poids des sentiments, N.R. Walker, roman young adulte

Leah à contretemps, Becky Albertalli, roman young adult

Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire, Maëlle Desard, roman jeunesse

Le cercle des jeunes élues, Sara Belgmark Elfgren et Mats Strandberg, roman jeunesse

Skim, Mariko Tamaki et Jillan Tamaki, roman graphique

Nimona, Noelle Stevenson, roman graphique

Tant qu’il le faudra, Cordélia, roman young adult

Les Petites Reines, Clémentine Beauvais, roman jeunesse

Littérature jeunesse à mettre dans toutes les bibliothèques · CDI

Littérature jeunesse à mettre dans toutes les bibliothèques

Liste non exhaustive d'ouvrages qui participent à une représentation positive des personnes grosses
  • Miss Dumplin, Julie Murphy, roman jeunesse
  • Boule de Suif, Guy de Maupassant, nouvelle
  • Journal d’une grosse qui réfléchit, Françoise Leclère, roman jeunesse
  • La Team Collège, Delphine Pessin, roman jeunesse
  • Faith, Marguerite Sauvage, comics
    1er tome disponible gratuitement : https://bliss-editions.com//wp-content/uploads/2020/03/faith-extraut-100pages.pdf
  • Dietland, Sarai Walker, roman young adult
  • Le journal de grosse patate, Dominique Richard, théâtre
  • Ce sera moi, Lyla Lee, roman young adult
  • La Lune est à nous, Cindy Van Wilder, roman young adult
  • Nous, les filles de nulle part, Amy Reed, roman young adult
  • En cloque !, Eva Darrows, roman young adult
  • Sortir d’ici, Renée Watson, roman young adult
  • Son corps et autres célébrations, Carmen Maria Machado, nouvelles
  • Le poids des sentiments, N.R. Walker, roman young adulte
  • Leah à contretemps, Becky Albertalli, roman young adult
  • Les tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire, Maëlle Desard, roman jeunesse
  • Le cercle des jeunes élues, Sara Belgmark Elfgren et Mats Strandberg, roman jeunesse
  • Skim, Mariko Tamaki et Jillan Tamaki, roman graphique
  • Nimona, Noelle Stevenson, roman graphique
  • Tant qu’il le faudra, Cordélia, roman young adult
  • Les Petites Reines, Clémentine Beauvais, roman jeunesse

Gras Politique dit #OuiAuMasque

Gras Politique dit #OuiAuMasque

Le gouvernement a décidé de la levée de certaines mesures sanitaires à partir du 28 février. Le masque ne sera plus obligatoire dans les lieux clos soumis au pass vaccinal.

Les lieux de culture, de loisirs… seront désormais accessibles sur seule présentation de ce pass.

À l’heure où :

  • l’épidémie recule mais où le risque existe encore bel et bien, 
  • le virus circule toujours,
  • les tensions à l’hôpital perdurent,
  • les soignant.e.s tirent encore la sonnette d’alarme,

le gouvernement déclare : « C’est une contrainte en moins, c’est une liberté en plus ».

Mais une liberté pour qui ?

Nous, les personnes grosses, avons été utilisées comme épouvantails par les médias et le gouvernement, pointées du doigt pendant toute la pandémie : nous serions celleux qui remplissent les services de réanimation, celleux qui meurent ; paradoxalement, nous n’avons pas été considéré.es comme prioritaires lors de l’ouverture de la campagne de vaccination.

Comme toutes les personnes à risque de formes graves du Covid-19, certain.es d’entre nous devront faire le choix de s’auto-exclure pour se protéger, pour ne pas mourir. 

Toute une partie de la population se retrouvera à nouveau marginalisée, isolée, précarisée, sacrifiée et mise en danger, au profit de l’économie et de l’agenda électoral.

https://graspolitique.fr/wp-content/uploads/2022/07/Oui-au-masque-10.jpg

Le pass vaccinal est un outil politique, il n’est en rien un outil sanitaire. Si les vaccins protègent des formes graves, ils n’empêchent pas la contamination, comme nous avons pu le constater avec la dernière vague Omicron. Le port du masque reste à ce jour l’outil le plus simple et efficace pour limiter la propagation du virus.

Vivre ensemble c’est vivre avec toutes et tous, les fragiles, les malades chroniques, les personnes en situation de handicap, les personnes grosses, les personnes âgées. Et vivre ensemble avec le virus, c’est continuer à nous protéger toutes et tous ensemble.

Gras Politique s’associe donc au mouvement #OuiAuMasque et encourage ses adhérent.es et toutes les personnes investies dans l’idée d’un vivre-ensemble concret à continuer à porter le masque dans les endroits clos, et à prendre les précautions sanitaires nécessaires à la survie de tous.te.s.

Gras Politique tire à nouveau la sonnette d’alarme pour la survie des populations sacrifiées. Nos vies valent autant que les vôtres. Nos familles sont aussi importantes que les vôtres. Nous méritons mieux qu’une politique inhumaine qui efface les risques encourus par des milliers de personnes.

Présidentielles : Mesures pour lutter contre la grossophobie

Présidentielles : Nous voulons qu'un·e candidate mentionne la discrimination et l'oppression grossophobe dans son programme et s'engage dans sa lutte

14 mesures proposées par Gras Politique

Nous écrivons aujourd’hui au nom des grosses électrices et des gros électeurs.

Nous écrivons car nous voulons qu’un.e candidat.e mentionne la discrimination grossophobe dans son programme, et s’engage enfin à y mettre fin. Nous représentons plus de 20 %des citoyennes et des citoyens français, et nous ne voulons plus être mis au banc.

Retrouvez et téléchargez ici la lettre ouverte adressée aux candidat·e·s à la présidence de la République dans son intégralité.

https://graspolitique.fr/wp-content/uploads/2022/07/Twitter-fb-18.jpg

La grossophobie en milieu scolaire

Grossophobie en milieu scolaire

Pistes de réflexions et d'actions possibles pour mieux accueillir les élèves gros·ses

Nous avons été convié·e·s, par le syndicat Sud Education, à proposer un temps de formation sur la grossophobie en milieu scolaire à de nombreux·ses professionnel·le·s de l’éducation. Ce temps a été enregistré, voilà un récap de nos pistes de réflexions.

N’hésitez pas à nous faire part de vos retours d’expérience ! 

Introduction

La grossophobie en milieu scolaire est un élément important dans nos luttes contre les discriminations grossophobes. En effet, selon l’OMS, 63% des enfants gros·ses risquent d’être victimes de harcèlement et 75% des enfants de moins de 10 ans associent le fait d’être gros·se à quelque chose de négatif. Les personnes grosses représentent environ 15,3% de la population adulte française et 4% des enfants âgé·e·s de 6 à 17 ans. Il est donc essentiel de donner un sentiment d’inclusion et de respect de leur personne à ces enfants concerné·e·s par les oppressions grossophobes. 

Comptez-vos élèves, si vous avez, plus ou moins, 4 élèves pour 100 qui sont gros·ses, le compte est bon. Ce chiffre peut varier selon la zone où vous enseignez. Il y a un lien entre précarité et grosseur ce qui peut faire diminuer ou augmenter ce chiffre selon l’établissement, mais aussi selon la zone géographique. Souvent, les régions où le taux de chômage est le plus élevé sont aussi les régions où l’on retrouve le plus de personnes grosses.

La grossophobie est aussi une discrimination genrée, ce sont les femmes et les jeunes filles qui en pâtissent le plus. Par exemple, chez les filles, l’âge moyen du premier régime est de 8 ans. Mais il existe aussi d’autres impacts, par exemple, notamment au niveau de l’accès à l’embauche. En effet, selon Jean-François Amadieu : “à compétences égales, pour un poste dans l’accueil, une candidate en surpoids a six fois moins de chance [d’être embauchée]. Les principales victimes de ces discriminations sont les femmes”. Ces différences genrées se reflètent également dans les chiffres liés aux chirurgies bariatriques : 80% des personnes opérées sont des femmes, contre 20% qui sont des hommes. Les femmes ont également recours à ces chirurgies à un poids moindre que celui des hommes. La pression sur les corps des femmes est donc plus importante.

Il est donc essentiel d’agir pour diminuer au maximum les violences grossophobes que les personnes grosses peuvent subir, et cela passe également par la prévention, la sensibilisation et l’action en milieu scolaire.

Penser à l’inclusion des élèves gros·ses

Le harcèlement scolaire étant très présent chez les personnes grosses, le taux de tentatives de suicide peut être augmenté. Dans certains témoignages de harcèlement, il s’avère que l’équipe pédagogique a participé, consciemment ou non, à ce harcèlement. Il faut donc être attentif·ve à ce qui se joue dans la cour de l’établissement scolaire, mais aussi à ce qui se joue dans la salle des profs, dans les couloirs, et à l’extérieur de l’établissement. Il est essentiel de ne pas faire de remarques aux élèves, mais aussi aux collègues, sur leur poids.

Il est aussi important de préciser que ce n’est pas le rôle de l’enseignant·e d’alerter sur l’état de santé d’un·e élève. D’autant plus qu’une prise ou une perte de poids n’est pas le problème en soit, mais est souvent le symptôme de quelque chose de plus profond : un souci à la maison, à l’école, etc. Le plus important est donc d’entamer une conversation avec l’élève en question, si vous avez une relation de confiance, afin de lui permettre de poser des mots sur ses maux, s’iel le souhaite. Il est également possible de faire appel à l’équipe pluridisciplinaire, peut-être que certain·e·s de vos collègues (assistant·e·s d’éducation, infirmièr·e, assistant·e social·e, etc.) ont des ressources bienveillantes qui peuvent être pertinentes pour la situation.

L’inclusion des enfants gros·ses à la vie de l’école est un enjeu important. Cette inclusion passe par une vigilance importante dans les cours d’EPS, notamment, qui sont un terreau fertile à la grossophobie. C’est un constat qu’on a pu dresser grâce aux nombreux témoignages que nous avons reçus, mais également au travers des échanges qui ont pu avoir lieu lors de certains de nos groupes de parole. C’est un cours qui a pu laisser des marques importantes sur les personnes grosses.

Des pistes de solutions pour améliorer l’intégration des élèves gros·ses dans le cadre scolaire

    • Penser à l’agencement de vos classes. Vous devez pouvoir offrir la possibilité de se mouvoir facilement dans celles-ci. L’espace est parfois si restreint entre les tables, les chaises, etc. qu’il devient difficile pour un·e élève gros·se de se mouvoir correctement dans la classe. Ce qui lea mettra en difficulté lors de l’entrée, ou la sortie de la classe, mais aussi lorsque l’élève devra passer au tableau. L’espace est souvent restreint, on ne peut pas pousser les murs, mais il est toujours possible de faire preuve d’ingéniosité.
    • Penser aux équipements : il faut éviter à tout prix les sièges à accoudoir, les strapontins, ou encore les tablettes directement incluses à la chaise. Ces équipements peuvent empêcher les élèves gros·ses d’être installé·e·s confortablement, mais peuvent aussi parfois les blesser.
    • Présenter / étudier des figures, des personnes grosses positives dans les différentes matières. L’idéal est d’éviter au maximum les caricatures (par exemple les caricatures du capitalisme en homme gros, ou Obélix qui est un personnage qui ne pense qu’à manger et qui n’est pas très intelligent). Si vous parlez de ce genre de représentations, il est essentiel d’apporter un regard très critique. La représentation dans les médias et dans les matières étudiées est importante pour la construction de soi. Une mauvaise représentation peut détruire la confiance en soi ou donner une faible estime de soi.
    • Faire attention aux uniformes scolaires : les blouses ou les tenues de travail en établissement professionnel, par exemple, sont à penser correctement. Elles ne sont souvent pas inclusives. Souvent, quand l’établissement les fournit, celui-ci ne prévoir pas une solution ou une alternative en grande taille, ce qui peut mettre des élèves, et leurs familles, en grande difficulté, soit du point de vue économique (puisque nous avons vu qu’il y avait un rapport entre précarité et grosseur) ou au niveau de la sécurité ou du confort. Penser à une alternative prenant en compte toutes les tailles, et à un coût raisonnable peut s’avérer essentiel.
      •  

         En EPS

      • Si la possibilité existe, proposer un espace pour que les élèves puissent se changer loin du regard des autres élèves
      • Ne pas laisser passer les remarques, les moqueries liées à l’apparence physique mais aussi aux capacités sportives
      • Mettre les élèves gros·ses en chef d’équipe pour leur éviter la violence d’être choisi·e·s en dernier (et donc de creuser le fossé entre elleux et les autres élèves)
      • Prendre en compte les capacités physiques et sportives de chacun·e parce que tout le monde a des capacités différentes
      • Avoir des chasubles / dossards inclusifs. Ils sont souvent trop étroits pour les élèves gros·ses, et peuvent donc les mettre dans une situation d’embarras assez conséquente. Il est possible de réfléchir à un autre mode de différenciation des équipes : bandanas colorés, bracelets de sport colorés, etc.
      • Si vous êtes témoin des remarques de la part des autres élèves, n’hésitez pas à mettre en place des moments de médiation, de sensibilisation qui peuvent avoir lieu, par exemple, pendant une heure de vie de classe. Il est tout à fait possible de s’appuyer sur de nombreuses ressources, mais aussi sur des militant·e·s, des associations, des collectifs. 

Questions · Réponses 

 

Comment offrir une représentation positive des personnes grosses aux élèves ? Comment peut-on faire prendre conscience qu'il peut exister une certaine forme de fierté des personnes grosses et sortir du modèle victimisant ?
  • Il est possible de sortir de la victimisation par la représentation de modèles positifs. De plus en plus de célébrités sont grosses, ce qui permet d’avoir des exemples concrets qui peuvent parler aux plus jeunes. Par exemple : Lizzo, chanteuse états-unienne et Yseult, chanteuse française. En littérature, on peut également profiter du travail d’Alexandre Dumas, qui était gros. Pour les plus jeunes élèves, il est possible de s’appuyer sur la figure de Steven Universe, un héros de dessin animé, qui est gros.

    Il faut sortir de la représentation très misérabiliste souvent représentée dans les médias. Les journaux utilisent souvent des illustrations de personnes grosses en train de manger, ou de personnes grosses sans visage. Si vous étudiez ce genre d’articles en cours, il est essentiel d’apporter un regard critique. Le mieux étant d’étudier des articles qui présentent les personnes grosses correctement, sans déshumanisation.

Comment faire face à la pression grossophobe ?

En tant qu’allié-e, il est important d’agir et de faire face à ces pressions. Dire aux personnes qui tiennent des propos, ou qui ont des actions grossophobes qu’il est nécessaire de s’occuper de ce qui les regarde. Ce n’est pas évident de devoir réagir à chaque propos, à chaque action grossophobe lorsqu’on est concerné·e, ou que l’on est lea gros·se de service. Donc il est important de pouvoir s’appuyer sur d’autres personnes. Il est toujours possible, aussi, de faire un travail pédagogique auprès de ces personnes discriminantes afin de faire évoluer les mentalités. Pour savoir comment être un·e bon·ne allié·e contre la grossophobie, nous vous renvoyons vers l’article Être un(e) allié(e) non-gros(se) écrit par Edith Bernier.

Comment faire pour sensibiliser à la question de la grossophobie, sans que les élèves gros·ses ne se sentent pointé·e·s du doigt ?

Si l’atelier est amené de manière positive, il n’y aura pas de dégâts sur les élèves concerné·e·s. De plus en plus de ressources sont disponibles pour mener à bien ce genre de moments. Les personnalités grosses étant de plus en plus nombreuses, il est possible de s’appuyer dessus pour ouvrir la discussion et sortir de l’aspect négatif de la grosseur que tout le monde véhicule. Il est aussi important de signifier qu’il y a des recours contre la grossophobie et les discriminations de manière générale. La loi est du côté des personnes discriminées. Vous avez la possibilité de faire un sondage de type : “combien de personnes se sentent grosses?”, afin de mesurer la proportion de personnes qui se sentent ainsi par rapport à la proportion de personnes qui le sont réellement, ou qui sont perçues comme telles. Vous pouvez également vous tourner vers du contenu créé par les militant·e·s, les associations et les collectifs. Par exemple, le compte Instagram @labandedesgros permet de montrer les passages grossophobes dans les films.

A quel moment peut-on se considérer gros·se ? Est-ce au travers du regard des autres ?
  • Il y a déjà une différence notable à faire entre body-shaming et grossophobie. Le body-shaming c’est une pression sur les corps pour correspondre à une norme donnée. A cause du body-shaming, beaucoup de personnes se sentent grosses. Mais être gros·se ce n’est pas uniquement un ressenti. Tu peux être gros·se dans le regard des autres, sans l’être réellement.

    Ensuite, la médecine définit les personnes grosses par rapport à leur IMC, mais l’IMC est un outil pathologisant qui est dépassé et ce pour de nombreuses raisons. Il n’est pas un outil qui nous semble pertinent pour savoir qui est gros·se, ou qui ne l’est pas. 

    A Gras Politique, nous aimons bien donner l’exemple du maillot de bain, pour savoir si vous êtes gros·se : Si le 15 août, en vacances dans une sous-préfecture, tu perds ta valise. Arrives-tu à pouvoir t’acheter un maillot de bain dans lequel tu rentres ? Si oui, tu n’es pas gros·se. Être gros·se, c’est vivre des discriminations au quotidien, c’est un système d’oppressions. Aubrey Gordon (Your Fat Friend) dans Who’s fat enough to be fat ? dit que “les personnes grosses seraient l’ensemble des personnes qui sont unies par des expériences courantes et inévitables d’exclusion. Pas seulement celles qu’on a traitées de « grosse » ou « gros », car nous l’avons presque toutes et tous été au moins une fois dans notre vie, mais celles pour qui la satisfaction des besoins de base est limitée, restreinte de façon importante. Il ne s’agit pas seulement des gens qui ont de la difficulté à trouver des vêtements qui leur plaisent, mais de celles et ceux qui ont de la difficulté à trouver des vêtements tout court. Et, plus encore que les gens qui se sentent mal à l’aise dans les bus ou les avions, certains sont publiquement ridiculisés pour avoir osé utiliser le transport collectif.” (traduction par Edith Bernier, dans Grosse, et puis ?).

Pourquoi on ne voit que très peu de professeur·e·s gros·ses ?
  • Comme nous le disions précédemment, il y a un lien entre personnes grosses et personnes précaires. Et, de nombreuses études ont montré que les personnes précaires s’arrêtent souvent assez tôt dans les études. Ce qui peut expliquer une partie du manque de représentation des personnes grosses dans le professorat. Pour aller plus loin, vous pouvez vous tourner vers la théorie de la reproduction sociale développée par Pierre Bourdieu. 

    Il y aussi probablement une part de prophétie auto-réalisatrice. Il existe un cliché comme quoi les personnes gros·ses seraient bêtes, et qui est lié au fait que la grosseur serait une maladie de la volonté. A force de devoir faire face à ce cliché, peut-être que certaines personnes l’ont intériorisé et s’auto-sabotent, ce qui pourrait peut-être expliquer qu’il y ait moins de personnes grosses dans les études supérieures, parce qu’une partie s’arrêterait plus tôt. 

    Le harcèlement grossophobe que peuvent vivre les personnes grosses peut aussi jouer dans ce phénomène. Le harcèlement peut entraîner une phobie scolaire, des anxiétés sociales, un manque de confiance en soi, qui peuvent venir impacter la réalisation des études supérieures. L’école est un endroit qui peut être très compliqué pour les personnes grosses.

Comment utiliser le mot “gros·se” en milieu scolaire, alors qu’il s’agit, pour l’instant, d’une utilisation très politique ?

l vaut mieux vaut bannir l’utilisation des mots “rond”, “voluptueux”, etc. Ce sont des termes qui ont tendance à vouloir arrondir les angles, et sont souvent assez agaçants à entendre.

Les termes médicalisants sont aussi à éviter, dans la mesure du possible (surpoids, obésité, etc.). D’autant plus que l’expression “sur-poids” sous-entendrait qu’il y aurait un poids, un sous-poids et un sur-poids.

Il n’y a pas vraiment de réponse idéale, le débat existe même au sein des milieux militants. Il est également toujours compliqué de s’entendre dire que l’on est gros·se lorsqu’on n’est pas sensibilisé·e à l’utilisation de ce vocabulaire. Et sur des populations jeunes, le mot “gros·se” peut faire des dégâts puisqu’il a encore une connotation négative

Si l’occasion d’en discuter avec les élèves se présente, il peut être judicieux d’ouvrir la discussion avec une question du type “comment préférez-vous qu’on qualifie les personnes grosses ?”. Peut-être qu’un débat très intéressant sur le vocabulaire s’ouvrira. Lors de cette discussion vous pouvez tout à fait préciser qu’il y a des personnes qui ne voient aucun souci à l’utilisation de l’adjectif “gros·se” pour se désigner, comme on pourrait utiliser “brun·e”, ou “grand·e”. Ce temps de discussion peut aussi permettre de sensibiliser les élèves à la question de la grossophobie.

Comment réagir face à l’infirmièr·e scolaire qui conseille un rééquilibrage alimentaire à des élèves ?

Déjà, il est possible de commencer par lui rappeler que l’expression “rééquilibrage alimentaire” n’est que la nouvelle expression pour parler de régimes, et que 95% des régimes sont des échecs

Il est dangereux de mettre un·e enfant / adolescent·e au régime, puisqu’iel n’a pas fini sa croissance, et que ces restrictions alimentaires peuvent amener des carences, mais peuvent aussi être la porte ouverte aux troubles du comportement alimentaire (TCA). Selon le Ministère des Solidarités et de la Santé, les TCA concernent environ 600 000 adolescent·e·s et jeunes adultes entre 12 et 35 ans dont 90% de jeunes filles ou de femmes. Il y a également une prévalence des tentatives de suicide chez les personnes qui développent ce genre de troubles.

Le régime, ou rééquilibrage alimentaire, n’est pas la solution. La prise, ou la perte de poids n’est souvent que le symptôme de quelque chose d’autre et n’est pas révélateur de l’état de santé. Le rôle de l’infirmière scolaire, dans ce cas là, aurait été, si iel avait été formé à la question de la grossophobie, d’aller chercher plus loin que seulement le changement de poids.

Il est également possible renvoyer lea professionnel·le de la santé en milieu scolaire vers les ressources que nous avons produites, et notamment :

  • Quels conseils donneriez-vous à des jeunes filles pour ne pas subir le body-shaming, toutes les remarques liées à leurs corps ou la pression de la norme ?

C’est un travail de longue haleine, on ne se réveille pas un matin en ayant plus rien à faire de ce genre de remarques. L’expérience et l’âge te permettent de t’endurcir. 

Mais il est important de ne pas laisser passer ce genre de remarques, et de ne pas banaliser ce genre de discours

Si la personne concernée n’a pas l’énergie, il faudrait qu’elle puisse s’appuyer sur une personne soutien, sur un·e allié·e. Si on n’est pas concerné·e il est important de prendre la liberté d’agir dans ces cas-là protéger, sensibiliser, rassurerFaire communauté et solidarité est important, et permet de faire face plus facilement à la grossophobie et au body-shaming. 

Déconstruire sa grossophobie intériorisée peut aussi être une étape importante, puisque celle-ci peut nous rendre plus vulnérable face à ces attaques. Être bienveillant·e avec soi-même est la clé. Dans tous les cas, il ne faut surtout pas laisser passer les propos et les actes grossophobes, et stigmatisants.

Queer avec un Gros Q, en quoi la grosseur est un enjeu queer et féministe

Queer avec un Gros Q, en quoi la grosseur est un enjeu queer et féministe ?

Traduction d'un article de Anna Mollow

Peu après la prise de fonctions de Barack Obama en 2009, la première dame Michelle Obama a lancé une campagne nationale d’amincissement intitulée « Let’s Move! » (« Bougeons ! ») et, par là même, une nouvelle escalade de la « guerre contre l’obésité » déjà profondément enracinée aux États-Unis, semblant surfer sur les thèmes de campagne de son mari, l’espoir et le changement, tout en favorisant nettement le secteur de la perte de poids qui représente 60 milliards de dollars par an dans le pays. 

Tout comme lors des guerres métaphoriques précédentes (contre les drogues et le terrorisme), dans ce combat contre la grosseur, il est difficile de distinguer les héros des ennemis ou, selon les termes rendus célèbres par l’émission de télé-réalité The Biggest Loser, aussi brutale que populaire, de distinguer les grands gagnants des « grands perdants ». Celles et ceux qui poursuivent le combat dans la guerre contre « l’obésité » font parfois preuve d’ambiguïté quant à ce qui (les kilos ?) ou qui (les personnes grosses vues à la télé en train de manger des frites ?) en constituent les cibles. « Détester le péché mais aimer le pécheur » pourrait être le cri de ralliement du combat de l’Amérique contre le vice présumé qu’est la grosseur. Cibles constantes de moqueries, emblèmes pratiques de la « mauvaise santé » et du manque de contrôle, épouvantails d’un avenir dont il faut préserver nos enfants : les personnes grosses sont-elles ce que les personnes queers étaient pour la génération précédente ?

Depuis la création de The Fat Underground en 1973 par les féministes radicales Judy Freespirit et Aldebaran, les militant·es gros·ses s’efforcent de mettre en lumière la nature inséparable de l’homophobie et de la grossophobie. De nos jours, une communauté grosse et queer dynamique met au premier plan cette même intersection. Mais les communautés queers dans leur ensemble n’ont pas encore épousé la cause de la libération des personnes grosses. « Je n’ai pas l’impression qu’en général, l’attitude des gays et lesbiennes quant à la corpulence permet aux personnes grosses de se sentir acceptées, » note la militante grosse et queer Julia McCrossin.

Elle donne en exemple les programmes de perte de poids promus par le Mautner Project (l’organisation nationale lesbienne pour la santé), qui reposent sur la croyance qu’il est mauvais pour la santé d’être gros·se. Il s’agit du premier parallèle entre l’oppression des personnes grosses et l’homophobie : la présomption largement partagée qu’il est question d’une affection dangereuse.

En 1966, le magazine Time décrivait l’homosexualité comme une « maladie pernicieuse ». Aujourd’hui, « une épidémie mortelle » est le cliché le plus courant pour parler d’« obésité ». Les termes « obèse » et « en surpoids », privilégiés par un corps médical qui reçoit de généreuses dotations de la part du secteur pharmaceutique (qui fabrique des médicaments visant la perte de poids) et du secteur des régimes (qui finance la majeure partie des grandes études sur l’« obésité »), et qui a lui-même tout intérêt à pathologiser la grosseur (la chirurgie bariatrique est une affaire de gros sous), donnent l’impression qu’un poids supérieur à la moyenne constitue une maladie. Mais la corrélation entre corpulence et santé est en fait minime. Les risques liés à l’« obésité morbide » ne sont pas plus élevés que ceux liés au fait d’être de sexe masculin, et les personnes « en surpoids » vivent plus longtemps que les personnes de poids « normal ». De plus, l’idée que la grosseur représente un risque pour la santé passe outre un principe élémentaire de l’analyse statistique : corrélation n’est pas causalité. Les petites différences d’espérance de vie entre les personnes de corpulence moyenne et les personnes très grosses ne sont probablement pas dues au poids lui-même, mais plutôt à des facteurs liés à la grosseur : stigmatisation sociale, discrimination économique, ainsi que les effets néfastes des régimes restrictifs et des médicaments visant la perte de poids.

Les conservateurs mettent l’« épidémie d’obésité » dont parlent tant les médias sur le compte d’un manque de volonté individuel, tandis que les libéraux accusent les fast-foods, les repas scolaires riches en calories et les emplois sédentaires. Mais il est peu probable que l’un ou l’autre de ces facteurs soit responsable de notre grosseur. Après tout, les personnes minces regardent la télévision et mangent à McDo elles aussi, et il n’a jamais été prouvé que les personnes grosses consomment plus de calories, ou plus de « junk food », que les autres. Et comme de nombreux livres de qualité l’ont démontré (voir The Diet Myth de Paul Campos et Rethinking Thin de Gina Kolata pour des explications détaillées sur quelques-unes des informations scientifiques présentées dans cet article), nous ne sommes pas au beau milieu d’une « épidémie » de grosseur. Depuis 1990, les Américain·es ont pris, en moyenne, environ 7 kg. Il n’y a guère de quoi s’alarmer, d’autant plus que cette augmentation modeste de notre corpulence collective peut être une bonne chose : une diminution du tabagisme pourrait être l’une de ses causes (arrêter de fumer donne généralement lieu à une prise de poids), tout comme la popularité grandissante de la musculation sous diverses formes (les statistiques sur l’« obésité » sont basées sur l’IMC, qui classe Matt Damon parmi les personnes « en surpoids » et Tom Cruise dans les « obèses »).

La grosseur n’est pas non plus un « style de vie », un qualificatif que les conservateurs emploient souvent à propos de l’homosexualité. La corpulence est avant tout déterminée par la génétique, et si les régimes et programmes d’exercice physique peuvent donner lieu à une perte de poids à court terme, ils ont un taux d’échec de 95 % à long terme. Pourtant, comme les personnes queers vivant avec le VIH ou le SIDA, les personnes grosses sont stigmatisées pour un état de santé dont elles sont tenues pour responsables. Elles font l’objet d’intimidations de la part de conservateurs comme Mike Huckabee, de moqueries de la part de libéraux comme Jon Stewart (à qui il ne viendrait évidemment pas à l’idée de plaisanter sur le dos des lesbiennes ou des gays), de sermons sur leur poids de la part des professionnels de santé, et subissent en plus un déluge de publicités promettant de « soigner » leur prétendu problème.

Ça vous rappelle quelque chose ? Les tentatives menées par la psychiatrie pour soigner l’homosexualité, peut-être ? Les inquiétudes de notre culture quant à l’« épidémie d’obésité », sa promotion d’un régime révolutionnaire ou produit miracle après l’autre, et son intimidation moraliste de celleux qu’elle estime « trop gros·ses » sont aussi propices à la haine de soi que le sont les « thérapies de conversion » visant les personnes queers. Mais alors que les dangereuses thérapies de conversion que les fondamentalistes religieux pratiquent sur les personnes LGBTQ sont à juste titre la cible de contestations politiques et d’interventions de la justice, l’utilisation de thérapies de conversion pondérales approuvées par le corps médical (autrement dit, les régimes) provoque bien moins de remous à gauche. « Let’s Move! », fait remarquer McCrossin, est en fin de compte « une thérapie de conversion, dans une version visant les personnes grosses, sponsorisée par le gouvernement et ciblant les enfants ». Si nous interdisons l’utilisation des thérapies de conversion sur les enfants (une pratique désormais condamnée par l’Association américaine de psychiatrie), pourquoi imposons-nous donc des programmes semblables aux enfants gros, exposant des adolescents, comme on l’a vu récemment, à l’humiliation et aux risques pour la santé qu’implique la compétition pour le titre du « plus grand perdant » ?

Notre psyché collective aurait-elle besoin d’un bouc émissaire ? Les personnes LGBTQ commencent à obtenir une certaine légitimité, alors peut-être faut-il leur trouver des remplaçants, et les personnes grosses (ainsi que d’autres personnes « marginales », comme les musulman·es, les immigrant·es, les sans-abri et les fol·les) font parfaitement l’affaire. S’il existe en nous toustes un besoin psychique profondément ancré qui nous pousse à faire d’un « autre » marginalisé l’objet de notre colère et de nos insatisfactions, alors comment pouvons-nous résister à l’envie d’obéir à cette pulsion ? Ce sont des questions que nous devrions nous poser ; mais au lieu de cela, il semblerait que nous préférions nous lancer dans des discours psychologisants quant à l’incapacité supposée des personnes grosses à résister à leurs envies. Nous parlons avec assurance des causes de la suralimentation (qui concerne forcément les personnes grosses, supposons-nous) : « manger ses émotions », l’« addiction à la nourriture », la grosseur comme « bouclier » face à une sexualité « normale », la nourriture en guise de « substitut à l’amour ».

Ces explications dignes de psychologues de comptoir sont aussi spécieuses que les théories que l’on entendait autrefois sur les « mères dominatrices » et les « pères absents » comme causes de l’homosexualité masculine, ou les « mauvaises expériences avec les hommes » comme prérequis au lesbianisme. Et pourtant, elles font figure de vérités généralement acceptées, même parmi les militant·es féministes et queers. Le poids, on le sait depuis longtemps, est un enjeu féministe ; mais le best-seller éponyme de Susie Orbach (1978, traduit en français en 2017) offre une thèse franchement grossophobe, incitant ses lecteur·ices à réussir une « perte de poids permanente » en apprenant à « régler [leur] compulsion alimentaire ». Læ théoricien·ne queer Lauren Berlant contribue également à la dévalorisation de la grosseur (et peut-être, par mégarde, aux préjugés racistes et classistes) en s’inquiétant des « sous-prolétaires américain·es » et personnes racisé·es qui succombent à une « mort lente » due à l’obésité.

La mort, lente ou rapide, est ce qui nous fait vraiment peur lorsque nous faisons une fixation sur l’« épidémie d’obésité ». Comme l’a écrit Leonard Pitts, chroniqueur progressiste soutenant la cause homo : « nous sommes une nation de gros lards qui se dandinent vers leur perte ». C’est non seulement cruel, mais factuellement inexact : les Américains n’ont jamais vécu aussi longtemps. Cependant, la remarque de Pitts est intéressante car elle clarifie la fonction que le concept d’obésité occupe dans notre culture actuelle. L’obésité et l’homosexualité se ressemblent et se recoupent, les deux termes permettant aux Américain·es de parler par procuration de leurs angoisses à propos de la mort, du handicap et de la maladie. Dès qu’il est question du SIDA, les commentateurs conservateurs dénoncent la « maladie » de l’homosexualité et qualifient l’homosexualité masculine de « culture de la mort ». Si l’on en croit la droite, les sexualités queers représentent une menace pour nos enfants, un risque pour la sécurité nationale et un fléau pour notre avenir. On retrouve le même genre de discours lorsque l’on parle d’« obésité », à gauche comme à droite : les personnes grosses sont accusées de « mourir de trop manger », d’affaiblir notre armée, de surcharger notre système de santé et de favoriser la maladie chez les enfants.

De toute évidence, les revendications homophobes sont indissociables de la peur et de la haine envers les personnes grosses dans notre culture. L’injure « grosse gouine », qui sert à maintenir sous contrôle des femmes de toutes corpulences et orientations sexuelles, est un parfait exemple des intersections profondément enracinées entre grossophobie et homophobie. Le fait est qu’une nouvelle étude, financée au niveau fédéral, cherche à déterminer pourquoi les femmes et jeunes filles lesbiennes et bisexuelles font partie des populations « les plus durement touchées » par l’« épidémie d’obésité ».

Les femmes queers ne sont pas le premier groupe à faire l’objet de ce genre d’attention : les niveaux disproportionnés d’« obésité » parmi les populations latinx et afrodescendantes sont aussi ciblés par différentes interventions de santé publique depuis des décennies. Dans le chapitre qu’elle a rédigé dans The Fat Studies Reader (2009), Bianca D. M. Wilson décrit ce qu’elle ressent en entendant des déclarations sur le thème « c’est mal d’être gros » appliqués aux communautés auxquelles elle appartient : « Cela me rappelle que j’appartiens aux “populations cibles”, les personnes noires et grosses ou lesbiennes… Leur discours sur ma mort prématurée et imminente en raison de ma corpulence se juxtapose à mes expériences et mon travail au sein des communautés noires homosexuelles, ce qui démontre qu’il existe des ennemis bien plus dangereux pour la santé et le bien-être des femmes noires lesbiennes et bisexuelles que la graisse de notre corps, comme la violence, la pauvreté et l’oppression psychologique. » 

Les programmes anti-obésité à destination des personnes racisées et des femmes queers ne peuvent qu’exacerber les problèmes évoqués par Wilson : en renforçant les préjugés grossophobes, ils exposent ces groupes à davantage de violence, de discrimination économique et d’hostilité de la part de la culture dominante. Comme le fait remarquer Margarita Rossi, une militante grosse, queer et latina, dans une interview avec Julia Horel de Shameless Magazine : « la grossophobie sert souvent de prétexte au racisme, et inversement ».

En tant que militant·es antiracistes, féministes et queers, nous devons faire de la libération des personnes grosses un aspect central de notre travail ; nous devons rejeter de façon explicite et sans équivoque l’idée que la corpulence est un « choix de vie » qui peut ou devrait être changé. Et ne nous y trompons pas : il est dans l’intérêt de toustes, quelle que soit notre corpulence, de devenir les allié·es des personnes grosses. Je suis une femme mince, et pourtant, ma vie me donne bien des raisons de combattre l’oppression des personnes grosses. Comme la plupart des femmes, j’ai passé des années terrorisée à l’idée d’être ou de devenir « trop grosse » (ce n’est pas une coïncidence si pendant ces mêmes années, j’avais aussi très peur d’être ou de devenir lesbienne). Ma compagne (et future épouse) est une femme grosse. La vie avec une maladie chronique souvent considérée comme « psychosomatique » m’a appris ce que c’est que de se voir reprocher une condition physique sur laquelle je n’ai absolument pas prise. Un jour, je serai peut-être grosse, moi aussi. Et j’en ai assez des oppressions de toutes sortes : je refuse de participer à la maltraitance d’un groupe entier de personnes sous le simple prétexte que leur apparence ne correspond pas aux idéaux hégémoniques de la « normalité ».

La guerre contre la grosseur, tout comme les tentatives visant à « guérir », « convertir » ou « réparer » les sexualités queers, va échouer. Tout comme (et nous devons nous en assurer) la guerre contre les personnes grosses. Si vous voulez dire que vous étiez du bon côté de ce combat quand la libération des personnes grosses deviendra mainstream (ce qui arrivera tôt ou tard), les possibilités ne manquent pas. Pour commencer, arrêtez les régimes. (Et si vous dites que vous n’êtes pas au régime mais que vous adoptez simplement une « façon de manger plus saine », demandez-vous si vous continueriez à respecter ces restrictions alimentaires si vous saviez qu’elles allaient vous permettre d’être en meilleure santé, mais avec 20 kg de plus.) Évitez tout discours ayant trait aux régimes : prenez conscience que des remarques comme « il faudra que j’en fasse plus à la salle demain pour évacuer ces calories » ou « est-ce que j’ai l’air grosse avec ce pantalon ? » sont aussi problématiques que les craintes que certains vêtements ou accessoires risquent de vous donner l’air queer. Au lieu de complimenter les gens avec des adjectifs comme « menu·e », « mince » ou « svelte », trouvez d’autres aspects qui méritent vos éloges. Faites disparaître les mots « obèse » et « en surpoids » de votre vocabulaire, et remplacez-les par « gros·se », tout simplement.

Commencez à regarder les personnes grosses d’un œil nouveau ; vous remarquerez qu’elles sont aussi belles et sexy que n’importe qui d’autre. Si jusqu’ici, vous aviez exclu les personnes grosses de vos partenaires sexuel·les potentiel·les, incluez-les et excluez plutôt les grossophobes. Partez à la découverte de la blogosphère grosse (ou la « Fat-O-Sphere », comme l’appellent Kate Harding et la contributrice au magazine Bitch Marianne Kirby dans leur fabuleux guide anti-régimes). Profitez des réflexions de Tasha Fierce sur la race, le sexe et la mode grande taille sur son blog, et renseignez-vous sur les avantages immérités de la minceur sur This Is Thin Privilege. Rejoignez un groupe qui lutte à la fois contre le racisme, la grossophobie et les LGBTQphobies (comme NOLOSE ou It Gets Fatter). Soutenez la campagne « I stand against weight bullying » qui conteste le harcèlement des enfants gros validé par le gouvernement. Mangez un cookie. Ou de la tarte. Oubliez la « culpabilité ». Et faites passer le mot : beaucoup de gens n’ont jamais entendu parler de la grossophobie ou de la libération des personnes grosses, mais une fois qu’iels seront au courant, iels sauront, comme vous, ce qu’il faut faire pour arranger les choses. 

Article, publié le 10 mai 2013, disponible en version originale : cliquez ici.

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