Groupe de parole 13 octobre 2016 19h

Gras Politique vous convie à son premier groupe de parole sur le thème de la grossophobie médicale à la MIE Bastille*.

Notre objectif est de nous réunir entre concerné-es par les discriminations liées à la grossophobie médicale et de créer un espace safe d’échange d’opinions et d’éxpériences.

Ensemble, nous pourrons nous réconforter, avancer contre les pratiques grossophobes, établir une liste de possibles réponses ou solutions sur ce sujet difficile. Nous pourrons évoquer les mots qui blessent, les relations aux soignant-es qui nous ont fait du mal, mais aussi ce que nous attendons d’une prise en charge médicale, ce qui fonctionne et ce que nous voulons dans le futur.

Le groupe de parole fonctionne sur les principes de l’écoute et du respect. Personne n’est obligé de parler. Une liste de tour de parole est prise pour s’assurer du temps respecté de chacun-e. Le groupe de parole sur la grossophobie médicale sera mixte (non réservé aux femmes et aux minorités de genre), d’autres seront parfois non mixtes, selon les thèmes abordés.

*Maison des Initiatives Etudiantes
50 Rue des Tournelles, 75003 Paris
De 19h à 21h

 

Caroline, 20 ans, Genderfluid

Je m’appelle Caroline, j’ai 20 ans et je suis genderfluid.

J’ai toujours été en surpoids, mais suite à une grossesse, TCA et dépression je suis actuellement à plus de 90kilos pour 1m60. Je fais du 44 en pantalon. Je me situe plutôt au milieu du spectre de la gros.se personne. Je considère une personne comme gros.se lorsqu’elle ne correspond plus aux normes sociales (donc d’un pdv socio plus que médical/santé). Disons quand la personne se situe au dessus du 40 « moyen ».

Souffrant de TCA et étant donnée l’apologie de la maigreur je comprends qu’une personne mince ou ‘socialement convenable/normale’ puisse se sentir « grosse » sans l’être pour autant. Ce qui stigmatise et oppresse d’autant plus les personnes gros.ses. La vision d’elleux-même est biaisée par des normes et idéaux dangereux (et/ou TCA ou autres).

Comme dis plus haut j’ai toujours été en surpoids et gros.se. Les médecins m’ont fait débuter des régimes dès l’enfance. J’ai toujours eu un rapport conflictuel/obsessionnel avec la nourriture et le fait de manger.
J’ai toujours été gourmande, j’aime manger. Et mes TCA (boulimie entre autre) ont accentués mes problèmes de poids.

J’avais perdu tous mes ‘kilos en trop’ avant ma grossesse et ai tout repris après celle-ci, voir même bien plus.

MEDICAL

J’ai des antécédents de dépressions nerveuses et d’addictions qui ne sont pas liées à mon poids. En revanche, je souffre de TCA et de phobie sociale qui elles y sont liées.

J’avais entre 11 et 13, je consultais mon médecin pour un contrôle de routine. Et à cause de mon poids.

Je ne me souviens pas des termes, ni même du nom de ce medecin. Simplement j’ai eu droit à un discours moralisateur sur mon corps, mon poids, et des prospectus sur différents régimes. S’en est suivi des séances chez une nutritionniste où je n’osais même pas répondre honnêtement aux questions de crainte d’être jugée ou punie. (par exemple : « choisir une image correspondant à la quantité que vous prenez lors d’un repas »)

Ce sont les gynécologues que je redoute le plus, bien que tous les intervenants du corps médical m’effraient.
Le fait de lier mon aspect physique, mon poids et ma sexualité (non-normée qui plus est) me paralyse. J’ai peur de consulter pour ces raisons.
Sans compter le fétichisme malsain des personnes gros.ses ou simplement le dégoût lié au corps nu et à la sexualité des gros.ses

Les pesées systématiques, les tiques au moment du résultat, les injonctions à perdre du poids, les conseils à deux ronds, le fait de ne pas pouvoir quitter le cabinet sans pleins de papiers sur les régimes, l’hygiène alimentaire ect.. Ce sont autant de comportements récurrents que j’ai noté chez les soignants.

Je eu le privilège de « rentrer dans moule » des outils médicaux jusqu’à présent. Mais il y aurait matière à approfondir. J’ai eu un rdv anesthésiste pour une péridurale. Le RDV était correct.

Que le medecin propose d’ouvrir la conversation sur mon poids, de manière délicate et non-jugeante pourquoi pas. Par exemple demander simplement si mon poids me convient ou si je souhaite perdre de poids en insistant sur la non-necessité d’en parler ou de mettre en place un protocole spécifique aux gros.ses.

C’est délicat, je n’ai pas envie qu’un medecin me parle de mon poids dans un sens. Si une personne gros.se veut en parler elle viendra de son plein gré et la consultation sera dédiée à la question du poids uniquement. Mais pourquoi pas laisser un ouverture pour les personnes qui n’osent pas en parler. Par exemple j’aurais beaucoup de mal à aborder le sujet de peur d’être jugée quand bien même j’aurais envie de débuter un rééquilibrage alimentaire et/ou suivi TCA contrôlé en vue de perdre du poids. Le fait d’ouvrir le sujet en toute bienveillance et sans jugement peut être une solution. Du moment qu’il n’y a pas d’injonction à suivre un régime/perdre du poids sous quelconque prétexte.

ESPACE PUBLIC

L’espace public, pour moi, c’est tout ce qui n’est pas chez moi ou personne que je sais respectueuse et non-jugeante, de confiance. Si bien que la notion de privé/public dans ce contexte est particulière. Je peux me sentir en public et vulnérable chez une personne privé si je me retrouve exposée au regard des autres.

Je m’y sens mal à l’aise et énorme comme piétinant sur l’espace des autres physiquement. Jugée et moquée.

Avant je prenais les transports en commun par nécessité car pas le permis mais je limitais tellement que je préférais faire des kilomètres à pied sous la pluie plutôt que de prendre les transports en commun. Depuis le permis+véhicule je les fuis encore plus.

Les équipements publics sont prévus et adaptés en fonction des normes sociales, soit pour des personnes non gros.ses et non-handicapé.es. Cabines/ascenseurs/passages/sièges (ciné, lieu public) trop étroits par exemple

Donc je fuis l’espace publique

” Grosse, boudin, moche, thon,  faudrait vraiment être défoncé-mort pour vouloir se la faire ” et autres dans le genre, ce sont autant d’insultes auquelles j’au eu droit dans l’espace public. Beaucoup de regards méprisant et personnes qui parlent de moi entre-elles. On m’a déjà craché de l’eau au visage sans raison et une personne à hurlé d’effroi en se retournant vers moi.
Les humiliations en cours de sport sont un mauvais souvenirs également.

DEMAIN

Pour l’avenir, je souhaite une acceptation à grande échelle et plus, beaucoup plus de visibilité (médias, mode, opportunités, travail ect….). Des équipements adaptés et du choix ! (vêtements entre autre)

Un réel travail d’éducation (grand publique mais également corps médical et sportif).

Et aussi sur tout ce qui concerne la sexualité des personnes gros.ses.

Justine : ” La grosse que je suis reste auto-grossophobe dans ses mauvais jours “

J’ai cru que j’étais grosse depuis toujours. Quand on y pense, c’est vraiment une idée bien ancrée mais pas du tout fondée. J’ai réalisé ça à la mort de ma grand-mère l’année derniére, quand ma soeur a envoyé une photo de famille et que mon premier réflexe ça a été de demander à mon copain avec des yeux ahuris “mais, en fait, je suis pas grosse là-dessus?!” Je devais avoir 8 ou 9 ans.

Bien-sûr, y’a la psy qui aide énormément et m’a ouvert les yeux en même temps que les groupes militants que je fréquente. Bien-sûr y’a du progrès mais ça reste fichtrement difficile au quotidien: la peur des chaises, des magasins qui s’arrêtent bieeeeen avant ta taille, les réflexions grossophobes quasi inconscientes (ou tellement habituelles) mais bien violentes de tes potes, de tes proches, des gens en général. J’ai courbé l’échine longtemps je crois.

Je voudrais dire que je n’ai pas connu de maltraitance médicale grossophobe mais c’est faux. J’ai envie de dire que c’est des trucs “pas si terribles” en comparaison avec ce que je lis souvent mais quand même, je bloque parce que maintenant je sais que ça a participé à une image biaisée de mon corps et plus largement de ce que je suis. Y’a eu des propos anormaux qui se voulaient bienveillants. Souvent, la médecine confond bienveillance et oppressions.
Combien de fois mon médecin de famille que je respecte pourtant profondément m’a dit, plus jeune, avec soutien de mes parents que maigrir/faire attention, c’était maintenant, que je voudrais pas peser 90 ou 100 kgs à 20 ans. Bien ouej’ les gars, bien ouej’. J’ai 25 ans et je pèse 104 kgs. Bien joué donc, la culpabilisation dans l’enfance. C’était le passage sur la balance, à me mordre les joues, à même pas regarder le résultat. M’intéressait-il au moins où était-il juste là pour m’effrayer, me juger ? Les remarques répétitives du “c’est maintenant” comme si je ne pouvais absolument pas m’épanouir dans mon corps réel, qu’il fallait que j’en fantasme un autre. En fait, c’est ça, j’ai fantasmé mon corps. Longtemps. On l’a fantasmé pour moi, aussi, beaucoup.
Et ça, c’était quand j’étais en surpoids ou en léger surpoids.
Je souffre de TCA (hyperphagie) et je suis diagnostiquée depuis un an et demi mais en vrai ça a commencé bien avant. En vrai, au collège, je cachais déjà de la nourriture pour manger peinarde, pour me réconforter, pour combler quelque chose dont je n’avais pas claire conscience. Pourtant, on m’a répété que le problème, c’était mon poids, mon poids, mon poids, qu’il fallait que j’agisse.

Et puis ce premier rendez-vous gynécologique, à 19 ans. Déjà stressant d’aller écarter les jambes devant une parfaite inconnue mais cette dernière me fait me mettre entièrement nue et me fait un commentaire froid sur mon poids “il va falloir faire attention”. J’ai toujours entendu ça. Faire attention, me surveiller, maigrir. Et je prenais ça au pied de la lettre. Et vas-y Weight watchers, les kilos en moins, la pseudo joie de me dire “bientôt, je m’aime” et les félicitations autour de soi. Quand j’y pense, c’était hyper malsain, les félicitations. Poudre aux yeux. Je me rends compte aujourd’hui, bien plus tard que c’était pas normale une telle pression sur une enfant, une ado, une jeune adulte. J’étais une enfant et j’étais punie d’être gourmande, punie de pas être comme mes copines puis punie d’être malade sans le savoir.

La médecine ne m’a pas soutenue. On m’a pas entendue quand j’ai dit “j’ai un comportement anormal avec la nourriture” parce qu’on m’a envoyé chez diététiciennes et nutritionnistes quand c’est dans ma tête que tout avait lieu. On m’a pas prise au sérieux quand je cachais mal la bouffe dans mes placards – j’appelais à l’aide sans le savoir et on m’a beaucoup disputée pour ça “mais tu te rennnnds compte des quantités, du gras, du sucre” – non. La honte m’en a empêchée. C’est venu plus tard.

Aujourd’hui, j’ai une psychologue qui me fait vivre une révolution, qui ne me juge jamais et qui s’en fout de combien je pèse. J’ai une psychologue qui a vu au-delà, qui met le point là où ça fait bien mal mais toujours avec bienveillance. De la vraie bienveillance cette fois. Aucune injonction à maigrir car ce serait criminel avec mon TCA. Elle veille sur moi pour que j’apprenne à veiller sur moi-même. C’est dur quand on peut pas s’habiller comme on veut, quand on s’empêche de faire des trucs parce qu’on a trois chiffres sur la balance.

Les maltraitances existent même quand elles paraissent minimes pour des personnes qui ne les vivront jamais ou alors elles sont trop grossières pour être vraies quand elles sautent aux yeux. Je suis grosse et je développe la peur du médecin, la crainte d’avoir une réflexion. Je suis pas allée donner mon sang depuis combien de temps, tiens ? J’ai pas fait de prise de sang depuis quand ? La dernière fois, j’ai osé dire à une sage-femme libérale que j’avais un TCA et peur de l’examen. Du coup, elle m’a pas dit de maigrir et surtout, elle m’a pas mise toute nue. Je dis pas ça pour relativiser, non. Au contraire. Je dis ça parce que ça devrait être automatique, la bienveillance, le professionnalisme and co. Ca devrait pas être un miracle qu’une psy me soigne et qu’une sage-femme ne me maltraite pas.
Bref, voilà, je suis grosse et j’ai plus envie que ce soit une fatalité, une insulte ou un prétexte pour être maltraitée. Je prends les armes et la première, ce sont les mots.

Oh Germaine – Anouch

« -Oh Germaine, la cliente là, elle demande un test de grossesse, tu le crois ?

   -J’arrive pas à croire qu’elle se soit fait baiser déjà… (rires gras) »

Voilà ce que j’ai pu entendre, grâce à la discrétion de Josette et Germaine (pardon à toutes les Josette et Germaine) en attendant au comptoir de cette jolie pharmacie, l’angoisse au ventre.

Et oui, figure toi Germaine que j’ai des amants, des histoires d’amour parfois, et une qui est en train de se terminer en ce moment même. Quelle ne fut pas mon angoisse quand j’ai réalisé que j’avais du retard… J’ai d’abord joué à l’autruche, une sale habitude que j’ai gardé de mon adolescence et des traumatismes médicaux que j’ai subi, comme quasiment toutes les grosses que je connais. Puis au bout d’une semaine à imaginer l’horreur d’être enceinte d’un homme qui ne m’aime plus et de tout ce que cela pourrait impliquer, j’ai pris mon courage à deux mains, et suis allée acheter un test de grossesse.

Comment en suis-je arrivée là ? Parce qu’aucun gynéco n’a voulu me prescrire de pilules. J’ai un début de diabète, qui est pris en charge, mais qui ne baisse pas assez/assez vite. Les médecins préfèrent donc me laisser risquer une grossesse non désirée plutôt que de trouver une solution et me prescrire un moyen de contraception. L’une d’elle m’a dit que de toutes façons je ça ne servait à rien, que je n’étais pas le genre à en avoir vraiment besoin. Quand je lui ai demandé ce qu’elle insinuait par là, elle a tout de même eu l’audace de me répondre que prendre la pilule pour coucher une fois de temps en temps, c’était pas vraiment la peine… je… ah d’accord. (traduisons la : « tu es grosse miss, aucun mec ne va t’approcher »)

La dernière que j’ai vu m’a parlé d’une pilule qui pourrait me convenir… mais qui fait saigner tout le temps. TOUT LE PUTAIN DE TEMPS. Quand je lui réponds que non, ça ira, elle me rétorque « c’est pas comme si ça allait vous gêner plus que ça »… Je lui ai rappelé que j’étais en couple et que ça allait faire de ma vie un cauchemar, sa réponse « oh ben il a l’air déjà bien ouvert comme garçon, faut lui expliquer, voilà tout ». Ah bon ?? Ouvert parcequ’il est avec moi ? Cool… Passons sur le fait qu’avoir des relations sexuelles quand tu saignes, c’est pas le truc de tout le monde hein, mais imagines tu le coût en protections hygiéniques doc? Et l’impact sur le moral ? Et je ne sais pas, je ne suis pas médecin, mais je suppose que ce n’est pas super sain de saigner à longueur de mois ?

« Et bien alors perdez du poids et on en reparlera. » NON. Non… J’en ai assez de remettre ma vie à plus tard, de différer les choses dans cette putain de zone grise « après », dans ce monde imaginaire « quand je serais plus mince »…

Je n’ai pas pris la fameuse pilule du lendemain, premièrement parce que nous ne nous sommes rendus compte d’aucun problème sur le coup, pas de capote perdue, pas de capote qui a glissé un peu. Et puis on sait très bien qu’elle n’aurait pas fonctionné de toutes les façons, vu mon poids….

Dis donc le monde médical et pharmaceutique, ça ne te dirait pas de nous prendre en compte aussi les grosses ? Tu sais, on a une vie aussi, une vie (attention à tes oreilles chastes) sexuelle même… Truc de dingue…

Voilà. Je suis assise là avec le test négatif dans mes mains. Soulagée… je n’ose pas imaginer ce que c’est que d’avorter quand tu es grosse.

Et effrayée parce que je ne sais pas pourquoi je n’ai toujours pas mes règles, et que ça veut dire prendre un rendez-vous avec un gynéco…

Anouch

Ems, 21 ans, “Le corps médical me fait presque peur”

Je suis une femme cis bi, j’ai 21ans. Je suis étudiante et salariée à la fois. Je suis en couple avec un homme cis hétéro.
Selon le corps médical, je suis très proche de l’obésité (les histoires d’IMC tout ça…). Je mesure 1m69, pèse 95kg, et la taille 44 en pantalon commence à devenir serrée au niveau des mollets et des cuisses, donc je me dirige vers la taille 46.

Je me considère grosse. Je me réapproprie ce terme, et l’utilise donc pour me qualifier, mais ça me blesse que d’autres personnes parlent de moi en utilisant ce terme, ou quand les autres parlent de mon poids tout court.

J’ai toujours été en surpoids. À l’école primaire, forcément j’étais la risée de tout le monde, j’étais grosse, j’avais du ventre, du gras aux joues et au menton, j’avais du mal avec le sport. Au judo, pour les compétitions, j’ai toujours été dans les catégorie “lourdes”, jamais les bonnes pour mon âge. J’ai arrêté le sport à 15ans, et depuis j’ai pris beaucoup de poids… Jusqu’à mes 16 ans, j’ai souvent essayé les régimes, ça n’a jamais marché, à part pour maintenir mon poids stable pendant quelques mois.

MEDICAL

J’ai des problèmes de respiration pendant le sport et des douleurs aux tibias quand je marche/cours/monte les escaliers. A priori c’est lié à mon poids.

Je n’ai pas eu d’expérience traumatisante avec un médecin lié à mon poids. L’expérience la plus traumatisante pour moi fut un IVG, et tout le parcours avant l’intervention chirurgicale, mais rien n’était en lien a mon poids.

Je ne redoute pas un spécialiste en  particulier. Je les redoute tou-te-s. Le corps médical me fait presque peur.

Les médecins veulent toujours connaitre mon poids, alors même que parfois ça n’est pas utile ! Pour traiter des durillons au pied par exemple, ou encore pour des mycoses… Aussi, des questions intrusives suite à l’annonce de mon poids (“vous faites du sport ?” “Quel est votre régime alimentaire ?” “Vous suivez un régime ?”…)

Je n’ai pas noté de différences de traitements en fonction de l’âge du soignant, mais j’en ai remarqué  selon si le médecin est un identifié homme ou une identifiée femme. Les id. femmes que j’ai rencontré dans le cadre médical étaient plus compréhensives, moins intrusives dans ma vie privée etc.

Je n’ai jamais eu de mauvaises expériences vis à vis des outils médicaux, en tout cas pas que je me souvienne… J’ai été anesthésiée 2 fois en général et 2 fois en local. Tout s’est passé normalement à chaque fois.

J’accepte qu’un médecin parle de mon poids si ce n’est pas fait de façon méprisante, ou jugeante. SI c’est dans la compréhension, l’écoute. En revanche, je ne suis pas d’accord pour en parler si le but de la visite médicale ne concerne pas mon poids, ou si je ne suis pas en danger de santé à cause de mon poids. Ou si ça n’est pas moi qui lance la discussion.

Je n’ose pas répondre à un médecin, j’essaie de changer de sujet lorsque je suis mal à l’aise, mais je reste très intimidée et je n’ose pas faire grand chose, encore moins quitter le cabinet.

ESPACE PUBLIC

Pour moi, l’espace public est un lieu de passage, je ne m’y attarde pas souvent (sauf en cas de manif ou lorsque je suis avec d’autres personnes, au parc par exemple). C’est censé être pour moi un lieu safe, ou on ne devrait pas se sentir en danger.

Ça dépend de plusieurs déterminants (jour/nuit, événement en particulier, endroit), mais globalement je ne suis pas très à l’aise; en tant que femme, en tant que grosse…

Je prend parfois voir souvent les transports en commun, n’ayant pas le permis. Lorsque les transports ne sont pas bondés de monde, je m’y sens plutôt à l’aise, en tout cas je ne m’y sens pas en danger ou mal à l’aise.

J’ai déjà pris l’avion, de nombreuses fois. Je me sens serrée dans les sièges, entre les deux accoudoirs, c’est assez désagréable pour moi de voyager ainsi.

La taille des sièges (bancs avec accoudoirs, chaises dans les établissements publics, dans les transports etc) commence à devenir critique pour moi, parfois les accoudoirs me scient les cuisses. les escaliers, surtout en montée, c’est l’horreur pour moi. Mais je ne sais pas comment adapter ça à ma condition…

– Quelles stratégies mets tu en place pour te sentir à l’aise dans l’espace publique ?

Alors… J’essaie de m’entourer de personnes que je connais (rentrer chez moi le soir, aller jusqu’à l’arrêt de bus avec quelqu’un-e…). Je déteste être en débardeur / tshirt-manche-courtes, mais lorsqu’il fait vraiment trop chaud, j’utilise ma fine écharpe en guise de “châle”, qui me couvre les épaules, bras, et cache mon ventre. Je me sens physiquement mieux ainsi: on ne voit pas mes bras qui me complexent, ni mon ventre, je peux d’ailleurs relacher mon ventre (parce que je le garde contracté presque tout le temps, pour ne pas qu’il “dépasse” trop…). C’est un peu une carapace.

Un florilège des insultes reçues dans l’espace public : “grosse vache”, “grosse” tout court, “salope” “vu ton poids tu devrais pas manger ça” “met toi au sport” “arrête le macdo hein!” “tu me dégoutes” et sans que ça soit adressé à moi : “ohla regarde ses bras c’est dégueu” “elle devrait perdre du poids celle là” et encore, ça n’est que celles dont je me souviens !!

DEMAIN

Je souhaite la fin du fat-shaming, des discours médicaux qui prônent la minceur, des publicités qui invisibilisent les gros-se-s. Je souhaite la fin de la norme de la minceur.

Mag, 34 ans

Je suis une femme de 34 ans. Je fais 103 kilos pour 1m57 pour une taille 50 de pantalon ou 48 cela dépends où je vais l’acheter. Mais cela va évoluer parce que je suis enceinte de 4 mois.

Le mot grosse a pendant des années été dur pour moi , je me sentais qualifiée de sale, dégueulasse et feignante en plus d’être en surpoids, et je n’étais à ma place nulle part. Heureusement ça passe avec le temps. Ça dépend aussi qui me sort ce mot. Si c’est une personne pas concernée par le sujet, je le prendrais très mal forcément.

J’ai commencé à être en surpoids à l’âge deux ans, dans ma famille ma mère avait du diabète. À faire des régimes son poids faisait le yoyo constamment.

Vers 10 ans elle me faisait manger comme elle et, j’ai souvent eu faim. Dans cette famille père, mère, frère ont était tous en surpoids, j’étais la seule qui avait toujours des petites part parce qu’ une fille qui est grosse c’est pas beau, de même à la cantine de l’école, je n’avais pas la même part que les autres. Du coups sans arrêt affamée je chippais de la nourriture la nuit, et donc je ne maigrissais pas.

Vers 14 ans j’ai subi du harcèlement scolaire, on se moquait constamment de mon poids. Quand je rentrais à la maison mon père me frappait et avait plus d’estime pour son chien que pour moi.

L’été de mes 15 ans quand j’était chez ma grand-mère, je me suis mise à faire du sport et à manger peu pour maigrir. Résultat une perte de 15 kg en deux mois, la seule fois où je rentrais dans la case « normal » dans mon IMC. Quand je suis  rentrée de vacances, j’étais trop maigre cette fois-ci, je ne mangeais pas assez. Ma mère me resservait souvent à manger. Résultat, j’ai tout repris avec 10 kilos de plus …

Côté études à cette période, je me rappelle qu’on m’embêtait moins mais je restais quand même dans mon coin, j’avais peur de l’ambiance du collège et de chez moi…

J’ai continué mes études dans une école de coiffure, pour le côté artistique c’était génial. J’avais perdu du poinds sans m’en rendre compte, mais je restais en surpoids. Deux ans plus tard et CAP en poche, je cherchais du travail, sans grand succès : « une personne en surpoids ne peut travailler dans des métiers d’esthétique », « vous devriez perdre du poids », un non à l’embauche aurait suffit..

Arrivée la vingtaine pas de travail, toujours en surpoids, crise d’ado tardive… Beaucoup de sorties avec des amiEs en rave party et autres. Pendant une année j’ai pris des drogues pour oublier un peu que j’ai passées des années de merde en tous points et j’ai perdu une dizaine de kilos. Les années qui ont suivi yo yo poids, yo yo travail précaire, rencontre d’un mec qui n’était pas le bon, prise de pilule, stress, chômage… Résultat : 30 kilos en plus ….

Quelques années après, j’ai rencontré le bon mec et le poids n’as pas bougé parce qu’il m’aime pour ce que je suis (début de confiance en soi). Vers la même période je suis devenue végétarienne : un rejet de violence sous toutes les forme. J’ai même commencé à ne plus faire de régimes et ne plus me peser, je surfe sur les pages de « L’Imagerie de Nina », « L’Utoptimiste », groupe anti-grossophobie,… Tout ça m’a mené à penser que moi aussi j’ai le droit d’exister et j’en suis contente. J’ai perdu 12 kilos en un an. Je m’en suis rendu compte en allant chez le pneumologue.

Aujourd’hui, je suis tombée enceinte et pris 9 kilos. La prise de poids ne m’a pas trop dérangé, c’est juste le côté surmédicalisé qui est anxiogène.

MEDICAL

Je suis asthmatique et j’ai des problèmes de thyroïde.

Dans le cadre de ma grossesse, j’ai consulté une interne qui remplaçait mon endocrinologue. Avant même de regarder mon dossier (prise de sang niquel, pas de diabète, pas de cholestérol) elle m’a demandé mon poids et jamais je n’ai autant entendue quelqu’un me dire de « faire attention à ce que je mange », « faire un régime »,. Quand je lui ai répondue qu’il était hors de question de faire un régime sa réponse a été :  « mais vous êtes OBESE madame », sans m’écouter elle me rappelle aussi de faire mon test de diabète (le test se fait à 4 mois de grossesse, j’en était même pas à 2 mois )  et le « n’oubliez pas de le faire à jeûn », comme si je passais mon temps à manger. J’en suis ressortie en pleurant et en me sentant comme une merde …

Les médecins que je redoute le plus sont les généralistes, gynécos, endocrinologues et diététiciennes. Très fréquemment, le « vous pesez combien ? » est la première question, suivie de « Vous faites des activités sportives ? » avec un regard incrédule quand je réponds positivement .

Je ne vois pas de différence en fonction de l’âge. Il y a des jeunes et des vieux grossophobes, le respect c’est une question d’éducation.

À l’échographie, il y a eu des difficultés à voir mon bébé mais l’échographe a été super gentil et m’a juste dit qu’on ne pouvait pas le voir tout en restant neutre. C’est en discutant avec des connaissances que j’ai appris que c’était à cause du poids.

J’attends d’un médecin qu’il m’examine comme les autres patients et que je n’entende pas une seule fois le sujet du poids à moins que je ne le lui demande. Ou que je lui confie que ça me dérange et que je veux qu’on m’apporte des solutions.

J’ai toujours laissé passer les comportements abusifs des médecins, parce que trop habituée et lassée des mêmes phrases. Sauf cette endocrino remplaçante, quand elle m’a parlé de régime.

ESPACE PUBLIC

L’Espace public, je m’y sens bien depuis que je ne fais plus attention aux remarques dévalorisantes d’inCONnu(e)s. Je fais comme tout le monde  et je traçe ma route

Ça ne m’empêche pas d’y subir des insultes : « Hey regarde ! Paul c’est ta fiancée là-bas ! », « T’as de beaux yeux mais c’est tout ce que tu as », « Elle est imposante celle-là », « Ah la grosse » …

DEMAIN

Je souhaite qu’on soit traitéEs comme tous le monde et qu’on nous fiche la paix pour ce qui est du poids, que ce soit dans les cadres scolaire, médical ou professionnel. Qu’on ai un peu plus de chances d’être recruté(e)s aussi.

Pas besoin de nous faire remarquer que l’on es en surpoids vu que l’on est les premières concernéEs et c’est comme tout, la seule personne à s’aider en 1er c’est nous mêmes, les remarques et dénigrement ne font qu’enfoncer, démoraliser et sont contre-productifs pour la suite .

Nuage, bonne vingtaine

Je suis non-binaire/genre fluide. J’ai une bonne vingtaine et je travaille dans la thématique du logement sous différentes facettes (politique, archi, urbain, social). Je fais 1m59 pour 90 kilos (ça fait quelques temps que je ne me suis pas peséE donc…)

– Si je te dis grosSE ?

Si tu es grosSE ça passe. Sinon, je me renseigne pour connaitre ta conception de ce mot.

[TCA, boulimie]

J’ai eu un léger “surpoids” quand j’étais petitE. On m’a emmené à l’hôpital, on m’a saoulé avec des diététicienNEs, des médecins, des prises de sang, des régimes etc etc. Maintenant que je suis “réellement” grosSE c’est tout aussi chiant. Avant je voulais maigrir, j’étais persuadéE que j’irai mieux. Maintenant je sais que mon état, mes humeurs, mon bonheur ne sont pas liéEs à mon poids. Mais vraiment pas. Même si j’ai beaucoup grossi à cause d’une boulimie non vomitive et de TCA liéE à plein de trucs dans ma vie.

MEDICAL

J’ai des problèmes médicaux qui sont liés à mon poids, et d’autres qui ne le sont pas.

J’ai tellement d’expériences traumatisantes, alors je vais juste citer la plus récente. J’étais chez le dentiste pour un détartrage. Il m’a fait passer un questionnaire auquel j’ai répondu. Il y avait une case qui demandait si j’étais diabétique. Je ne le suis pas mais la famille du côté de mon géniteur l’est. Du coup, le médecin m’a donné des médicaments pour personnes diabétiques “au cas où”, à titre de prévention. Du coup, le dentiste a décrété que si j’avais le diabète, que non j’étais pas en dépression vu que je n’avais pas de médicaments contre ça. Que j’allais mourir à 30 ans parce que la gingivite olalala surtout quand on la diabète, etc etc. C’était plutôt horrible.
Gynéco, généralistes, diététicienNEs, radiologue … Je redoute presque touTEs les médecins … Je crois que les jeunes sont un peu moins trash, mais ils ne sont pas irréprochables non plus.

Pour que je qualifie un médecin de bienveillant, il faudrait qu’il ne parle que du sujet qui m’intéresse.
Je n’accepte pas qu’un médecin me parle de moins poids. Sauf si je suis venuE pour ça.
Mais je n’ose pas leur répondre, ni quitter leur cabinet.

ESPACE PUBLIC

Pour moi, l’espace public est synonyme de zone de danger.

Je m’y sens parfois pas très bien. je me sens comme unE intru. Mais depuis que je fais pousser mes poils, je me sens mieux par rapport à mon gras et tout le reste

Je prends le bus le plus possible. Mais je ne m’y sens pas à l’aise.

En ce qui concerne les équipements publiques, ils ne me sont pas trop adaptés. Je touche les gens. Ils me touchent. Mon gras déborde. Je peux pas utiliser l’ordi dans le bus quand je voyage (genre flixbus).

Je marche beaucoup quitte à souffrir du dos et des articulations. Je reste debout. Je subis les gens qui me touchent en écoutant une musique que j’aime.

Les pires remarques ? “Sale grosse”, “J’ai déjà baisé une grosse”, “T’es grosse”…

DEMAIN

J’aimerais qu’on puisse vivre comme les autres. Qu’on nous lâche. Notre santé, notre corps, notre cul ne les concernent pas. On mange ce qu’on veut. Qu’on ne nous fétichise pas. Qu’on me demande pas comment je vais faire pour tomber enceinte parce que mon ventre est déjà gros. Que le bébé n’aura pas de place…

La FBI de l’allié-e : Beach Body Ready de Madmoizelle

On parlera ici uniquement de ce qui concerne le fat shaming ou la grossophobie. Plusieurs autres problématiques d’oppressions sont présentes dans la chanson / clip, mais nous parlons de ce qui  nous concerne, sans éluder le reste.

 

Madmoizelle est un magazine féminin à tendance féministe. On y trouve parfois d’excellents articles, notamment de vulgarisation de notions féministes ou de réactions féministes à l’actualité. Mais on y trouve aussi parfois de vraies fausses bonnes idées, comme la chanson Beach Body Ready :

 

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=LpE8oqFuIpk&w=560&h=315]

 

De quoi est il question ?

Être beach body ready, c’est être prêt-e pour la plage. Cette expression, souvent employée par les magazines féminins pour vendre leurs numéros sur les régimes ou par l’industrie de la minceur pour vendre des diètes, est désormais reprise par bon nombre de militant-es de la body positivity (le fait d’avoir un regard bienveillant et positif sur son corps). De nombreux memes sont sortis à ce sujet comme celui-ci, cherchant à montrer qu’il suffit d’avoir un corps, n’importe quel corps, pour avoir le corps qu’il faut pour aller à la plage. Le message est intéressant et source d’empowerment : n’attendons pas d’avoir un corps parfait selon la norme pour profiter de la plage, et plus largement de la vie.

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Madmoizelle s’empare donc de ce message pour son hit de l’été, une chanson dont on se passera d’étudier les qualités musicales pour se concentrer sur son message, et plus particulièrement sur le clip. C’est plutôt une bonne idée, on peut imaginer que le lectorat principal de Madmoizelle est particulièrement ciblé par les oppressions : sexisme, body shaming, racisme, validisme … Et qu’un message qui fait du bien juste avant l’épreuve du maillot de bain, c’est toujours bon à prendre. Oui mais non.

Si tous les corps sont soumis aux injonctions de la société, jeunes, vieux, minces, gros, poilus ou non, il  ne faut pas oublier qui sont les premier-es à souffrir de ces injonctions, et mesurer l’impact sur les vies des concerné-es. Ainsi, un corps de moins de 25 ans, d’une taille de pantalon classique, souffrira beaucoup moins de l’oppression de la dictature du corps parfait qu’une individu de 35 ans qui chausse du 58. C’est un constat. Cela existe. Cela ne cherche pas à nier les oppressions subies par les corps normé-es : épilation, fermeté, forme de la fesse, forme de la poitrine etc etc. Cela met juste en lumière que les personnes qui s’éloignent de la norme sont proportionnellement oppressées. On aurait donc aimé que Madmoizelle combatte proportionnellement les oppressions là aussi. Mais ce n’est pas le cas.

 

  • Le problème de la chanteuse / du chanteur

Elle-il est très beau. Ils-Elles sont très belles. Ils-Elles ont un corps normé, sont « hype », sont parfaitement normé-es. Et c’est tant mieux. Pour eux. Mais les voir nous déclamer l’évangile de la body positivity, ca chatouille. Je ne doute pas que Madmoizelle posséde un fichier rempli de talents de tous horizons et de toutes tailles. Pourquoi choisir des gens si normé-es pour cette chanson ? Pourquoi ne pas se servir d’une plateforme qui fonctionne pour mettre en lumière le travail de genTes et donc de corps véritablement concerné-es et oppréss-ées ? Je ne remets pas en cause les histoires personnelles de Marion et d’Ivan avec leurs propres corps, ils-elles ont sans doute subi des oppressions, et ont du s’en libérer. Mais en terme de représentation et de message sur un média tel que Madmoizelle, fallait il vraiment encore choisir de faire chanter le gospel de l’oppression par deux personnes aussi classiquement normé-es ?

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  • Le problème même du Beach Body Ready, aka le body shaming et l’invisibilisation des oppressions

Le body shaming (ou la honte du corps) est l’oppression qui concerne tousTes les corps. Elle consiste à impliquer que nos corps ne sont jamais assez parfaits pour être dans la norme. C’est une oppression très violente et culpabilisante, et elle recouvre un territoire très vaste. On peut subir du body shaming pour la forme de son nez, pour la courbe de ses hanches, pour sa maigreur, pour ses cheveux … bref, tout ce qui ne corresponds pas à l’idéal sur papier glacé d’une société hétéropatriarcale.

Si le body shaming est vécu par tousTes, d’autres oppressions spécifiques sont vécues par des corps différents. Le sujet qui nous intéresse chez Gras Politique, c’est la grossophobie. C’est une oppression systémique subie par les personnes gros-ses (et non pas jugé-es gros-ses par Elle ou Marie Claire), qui s’étend dans tous les domaines de la vie : discrimination à l’embauche, discrimination dans le parcours de l’accès aux soins médicaux, violence verbale et micro agressions constantes, difficultés à s’habiller, précarisation etc. La grossophobie tue.

Ainsi si les corps normé-es peuvent s’inquièter d’être beach body ready, les corps qui sont confront-ées à la grossophobie s’inquiètent de trouver un maillot, s’inquiètent d’être rue ready quand il s’agira d’affronter les moqueries, d’être gynecologue ready quand on leur refusera un parcours de procréation médicalement assistée à cause de leur poids. Les corps qui subissent la grossophobie doivent être prêt-es, tout le temps, dans l’espace privé (famille, ami-es) comme dans l’espace public, à se défendre pour avoir le droit d’exister. Mais pour revenir à la plage, c’est un territoire miné pour les individus qui subissent de la grossophobie, nombreux-ses sont celles-ceux qui renoncent complétement à la mer ou à la piscine, car c’est un véritable parcours du combattant.

En ne mettant pas l’accent sur la proportionnalité de l’oppression subie, en ne choisissant pas de faire de différence entre le body shaming et la grossophobie, Madmoizelle contribue à silencier et à invisibiliser les victimes de grossophobie. Mais nous ne pouvons pas honnêtement incriminer Madmoizelle pour cela, tous les mouvements body positive le font. Les photos taguées #bodypositive concernent le plus souvent des corps qui sortent à peine ou pas du tout de la norme, et on érige dans ce mouvement  une nouvelle norme de ce qu’on attend d’un corps : un peu dodu, mais pas gros, bien dessiné, mais pas trop mince, piercé et tatoué si possible … Et les corps victimes de grossophobie se taisent, subissant une nouvelle fois l’oppression dans un mouvement censé les apaiser et leur faire du bien.

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  • Le problème du refrain

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“Les calories sont mes amies donc le fond et la forme je m’en fous”

Le mouvement  Body Positive touche en très grande partie des genTes qui sont confronté-es à des troubles du comportement alimentaire. Il suffit de se balader dix minutes sur Tumblr pour comprendre à quel point la relation avec la nourriture et l’alimentation est problématique pour beaucoup. Anorexie, boulimie, hyperphagie, ces maladies pourrissent le quotidien de milliers de personnes. Et détruisent aussi leur image d’elles-mêmes. Elles sont donc les premières à avoir besoin d’un message positif, loin de leurs pathologies.

En ce qui concerne la grossophobie, elle s’accompagne toujours d’un message culpabilisant pour la personne gros-se et son alimentation. On présume qu’elle mange ‘de la merde”, qu’elle est inactive et qu’elle avale les chips sur son canapé, etc. Les calories ne sont pas nos amies. Elles sont nos ennemies jurées, souvent depuis l’enfance. Nous subissons les remarques de notre entourage sur ce que nous mangeons, les remarques des étrangers sur nos paniers au supermarché. Nous aimerions être dans une relation apaisée avec les calories, mais la société ne nous le permet pas.

Alors répéter “les calories sont mes amies” dans le refrain d’une chanson prétendument body positive ? Comment dire ? C’est à minima contre productif. Et cela peut être source de souffrance pour beaucoup. Et cela conforte la société dans l’idée que l’image du corps a un rapport direct avec la façon de se nourrir, et donc avec le poids.  #FAIL.

Le problème du clip

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Les personnes qui jouent dans le clip ont été trouvées via un appel diffusé par Madmoizelle. Celles-ceux qui apparaissent sont majoritairement blanc-hes et normé-es du point de vue de la taille et de la largeur. On constate l’apparition éclair d’une personne qui sort de la norme pondérale. Mais l’impression qui domine c’est une chouette bande de copains-copines blanc-hes cisgenres et normé-es qui se préparent à aller à la plage. C’est un peu chiche en terme de représentativité pour un message  body positive non ?

Madmoizelle a été interpellé sur son fil Facebook concernant le manque de représentation de personnes racisé-es dans le clip. Nous aurions pu  faire la même chose en parlant de personnes gros-ses, et nous aurions sans doute eu la même réponse.

Voilà la réponse : “Y’a eu un grand appel publié sur le twitter de mad et de Marion, toutes celles et tous ceux qui voulaient venir pouvaient venir ! On n’a refusé ni obligé personne à participer… vous pouviez venir aussi ! \o/”

Cette réponse est problématique :

  • cela sous entend que c’est aux personnes les plus opprimées de se mobiliser pour exister, et non pas aux autres de créer des espaces pour leur permettre d’exister
  • cela sous entend que Madmoizelle n’est pas prêt à décaler ou à revoir un planning de tournage pour s’assurer de la représentativité des corps pour un clip à message inclusif
  • cela remet la responsabilité de la souffrance exprimée sur l’invisibilisation sur la personne qui exprime cette souffrance, non pas sur la-les personne-s qui créent l’invisibilisation.
  • cela défausse complétement Madmoizelle de sa responsabilité

 

Pour conclure, on peut penser que cette chanson-ce clip fera beaucoup de bien aux personnes qui ne s’éloignent pas trop de la norme, qui ne souffrent pas de grossophobie, qui ne souffrent pas de troubles du comportement alimentaire, et qui se reconnaissent dans l’éventail restreint des représentations de corps présenté dans le clip.

On peut douter du bien que cela fera aux personnes qui se sentiront, comme nous, invisibilisé-es et silencié-es par ce clip. Nous irons quand même à la plage, ou à la piscine municipale, rassurez vous.